vésicatoire

Guérison imposée

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coupleMa belle demoiselle, disait le fameux docteur Tronchin à une jeune fille de dix-huit ans, qui descendait lentement au tombeau, Il n’y a que l’application d’un vésicatoire qui puisse vous sauver. 

Mais la jeune et intéressante malade n’y voulait point consentir, et sa mère était au désespoir. Un soir le mal avait redoublé, causé par une toux convulsive qui l’avait beaucoup fatiguée. Tronchin, témoin de ses douleurs et désespéré de son entêtement, voulait se retirer; mais les parents lui proposèrent pour l’arrêter de prendre le thé avec eux, usage qui se pratiquait dans la famille.

DrTheodoreTronchinTronchin accepte, les tasses sont placées sur la table, l’eau est bouillante. Tronchin dit qu’il veut lui-même remplir la théière, Il se lève, prend la cafetière, s’embarrasse à dessein dans un tabouret sur lequel la jeune personne avait les jambes allongées, et il les inonde d’eau bouillante. Toute la famille pousse des cris affreux, la malade s’évanouit. Tronchin feint de se désespérer, de se reprocher sa maladresse, et il sort précipitamment. On accusait cet homme habile d’un abandon cruel; bientôt il rentre muni de ce qu’il faut pour panser les jambes brûlées, il s’en acquitte avec la plus grande promptitude, fait coucher la malade, et en se retirant il dit à la mère:

Votre fille est sauvée, je viens de lui appliquer le vésicatoire qu’elle avait toujours refusé

Grace à cette opération singulière et hardie, la jeune personne se rétablit parfaitement, recouvra tous ses charmes et pardonna au célèbre docteur la violence de son remède.

« Les mille et une anecdotes comiques, calembours, jeux de mots, énigmes, charades … » Passard, Paris, 1854.