veuve

Art d’accommoder les restes

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noackConnaissiez-vous la choucroute à la bavaroise, nouvelle recette culinaire inventée par une rêveuse allemande, jalouse probablement de la veuve Mausole, qui, comme chacun sait, fit de son estomac le cercueil de son défunt. 

Gretchen Grübenher, une habitante d’un petit village de Bavière, ayant trouvé que son mari avait un caractère difficile, l’a tué. Après avoir coupé son corps en morceaux, en a pieusement enseveli les restes dans un tonneau de choucroute. 

Lorsque la justice s’est transportée au domicile de Gretchen, et qu’après avoir longtemps cherché le cadavre de Benedeck (la victime), l’a trouvé dans un piteux état… Gretchen Grübenher s’est alors élancée vers l’un des juges : 

 Il s’est suicidé. Je suis innocente ! s’est-elle écriée

Mais, après une courte délibération, les juges ayant trouvé la chose invraisemblable, ont fait mettre Gretchen Grübenher en état d’arrestation. 

Le tonneau de choucroute sera déposé au greffe comme pièce de conviction. 

D’après « L’Avant-scène. » Bordeaux, 21/06/1868.
Illustration : Noack.

Pressentiment

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severo-saché-reis

La veuve du malheureux aéronaute Severo, venue à Lisbonne pour s’embarquer pour le Brésil, faisait une bien étrange déclaration à un reporter du journal 0 Dia qui l’interviewait.

La veille du désastre, l’aéronaute fit un rêve lugubre, qu’il raconta, au réveil, à sa femme. Il était dans la nacelle du Pax et passait alors au-dessus d’un cimetière. Des tombes s’entrouvrirent et des bras se tendirent vers lui. Parmi les morts, il reconnut sa mère.

Ce rêve lui produisit une fâcheuse impression. Il eut un pressentiment qu’un accident lui arriverait. Le 12 mai 1902, comme on sait, l’accident se produisit effectivement, et c’est précisément au-dessus du cimetière de Montparnasse que le ballon Pax se déchira, précipitant dans le vide Augusto Severo et le jeune mécanicien Georges Saché.

La vieille prophétie du pont de Balgownie

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pont-de-Balgownie

George Gordon Byron (Lord Byron) aimait les coutumes des lieux où il était né et se plaisait à raconter les légendes et les superstitions dont on l’avait entretenu. Il y ajoutait la foi la plus vive. Il était bon camarade et très dévoué. Il poussait même cette qualité fort loin. Un de ses compagnons, qui avait un petit cheval des îles Shetland, vint un jour lui proposer de faire une promenade sur les bords du Don (Petite rivière qui a son embouchure près d’Aberdeen).

Ils montaient et marchaient tour à tour ; mais quand ils atteignirent un vieux pont jeté sur la rivière, Byron arrêta l’écolier et le supplia de mettre pied à terre et de le laisser passer seul avec le cheval, parce qu’il existait une vieille prophétie populaire qui disait que le  pont de Balgownie tomberait si le fils unique d’une veuve et le seul poulain d’une jument y passaient à la fois.

« Et qui sait, dit-il, si ce poulain n’est pas le seul enfant d’une jument, et nous sommes tous deux fils de veuves; mais toi, tu as une soeur; et moi, personne que ma mère ne me pleurera. »

Son camarade céda; mais aussitôt que Byron eut échappé aux dangers de ce terrible passage, l’autre enfant voulut absolument le tenter aussi. Il arriva sans accident sur l’autre bord, et tous deux en conclurent très sérieusement que la mère du petit cheval avait eu d’autres poulains.

« Lord Byron. Tome 1 . » Louise Swanton Belloc, Paris,  1824.

Une veuve à Augsbourg au XVIIème siècle

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La diversité des habits, dit le voyageur Misson, est ici une affaire réglée par le magistrat de police, et on connaît la qualité et la religion de la plupart des gens par la différence de leurs habillements. Voici, par exemple, la manière dont une marchande catholique R. (réformée) porte le deuil de son mari:

Elle a un couvre-chef de batiste bien blanche et bien empesée, avec les ailes et les cornes qui sont ordinaires à cette coiffure. Une jupe noire et un manteau noir qui vient jusqu’aux genoux. Un grand voile blanc par derrière, qui pend à la queue du couvre-chef et qui tombe, en s’élargissant, jusque sur les talons. Un morceau de la même toile que celle du couvre-chef, long de quatre pieds et large de deux, pour le moins, qui est extraordinairement empesé et tendu sur un cadre de fil d’archal, est attaché par le milieu d’un des bouts, justement au-dessous des lèvres, et couvre, tout le devant du corps.

Presse Française, 1874.

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La veuve industrieuse

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cimetière

Une femme, qui vivait dans une ville frontière du midi, venant de perdre son mari, que d’ailleurs elle regrettait fort peu, affecta à sa mort un désespoir qui passait toutes les bornes.

Comme une tendre Elégie, elle allait soir et matin hors les portes de la ville, se lamenter, gémir et arroser de ses pleurs la tombe du défunt. On respectait sa douleur et même sa démence, car souvent son chagrin paraissait aller jusqu’à la folie. Elle avait supplié un chirurgien d’embaumer le cœur de son époux, et le portait toujours dans une urne dans ses allées et venues au cimetière. Ce manège durait depuis des années; le public, les douaniers, les sentinelles ne la considéraient que comme une folle. Cependant elle était fort loin de l’être, car dans cette urne ingénieuse de plâtre bronzé, elle cachait de la dentelle, de la mousseline, et même des liqueurs à son choix.

Elle eût fait sans doute encore fort longtemps ce commerce, si une de ses voisines, avec laquelle elle se brouilla, n’eût épié sa conduite, ainsi que la source de ses dépenses hors de toute proportion, avec sa modique fortune, et ne l’eût vendue au bureau des douanes. On attendit donc qu’elle revînt du cimetière avec son urne sacrée, pour la prendre en flagrant délit. Aussitôt qu’elle reparut avec ses grimaces accoutumées:

— Vous êtes donc inconsolable, madame, lui dit un lieutenant, d’un ton ironique, et sans doute que cette urne renfermera bientôt deux cœurs, celui de votre mari et le vôtre ?

— Hélas ! ce n’est pas douteux; et il n’est pas possible que je survive longtemps à cette perte cruelle.

Cependant, reprit le lieutenant, si vous vous défaisiez de cet appareil de tristesse, surtout de ce vase d’argile, qui vous rappelle sans cesse l’objet de vos douleurs, vous finiriez peut-être avec le temps par vous consoler. Messieurs, dit-il aux commis, par intérêt pour Madame , ôtez-lui cette urne funeste, et brisez la même pour le repos de cette trop sensible veuve.

En effet, le vase vola en éclats, et au lieu de cendres sacrées, laissa voir, à là place d’un coeur embaumé, un flacon d’Alkermesse de Toscane.

Peste ! Madame, s’écria le lieutenant, vous n’êtes pas de ces gens qui s’embarquent sans biscuit; s’il y avait beaucoup d’urnes comme la votre sur les tombes du cimetière, on y irait, de préférence au cabaret.

« Les Farces nocturnes des contrebandiers et des fraudeurs. »   Corbet, Paris, 1821.