Victor HUGO

Victor Hugo et son barbier

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victor-hugoQuelques journaux nous ont, en décembre dernier, offert des prévisions variées pour l’année 1918. C’est une très vieille tradition. Illusion singulière, où il reste quelque trace des superstitions du moyen âge: nous croyons tous peu ou prou qu’au changement de millésime doit correspondre fatalement quelque modification dans notre destinée.

Le barbier de Victor Hugo, vers la fin de 1839, annonça au grand poète la fin du monde pour les premiers jours de l’année suivante :

Le 2 janvier, les bêtes mourront. Le 4 janvier, ce sera le tour des hommes.

Le « lion romantique » comme on appelait Victor Hugo, ne fronça même pas le sourcil. Il se contenta de murmurer d’un air légèrement inquiet :

Mais alors, le 3 janvier, qui me fera la barbe ?

Paris, 1918.

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Les goûts

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peintreTrois choses sont nécessaires à l’homme pour que sa vie soit complète : une profession, des affections, des goûts. La profession répond à ses besoins d’activité et d’intelligence. Les affections, à ses besoins de cœur. Les goûts, à ses besoins de délassement. 

On ne peut pas toujours travailler, on ne peut pas toujours penser, le cœur a ses intermittences. Les goûts remplissent les vides. C’est l’intermède, la distraction, le plaisir, parfois même le soutien. Les goûts relèvent tour à tour du corps et de l’esprit. L’ouvrier qui a le goût de la lecture se repose, en lisant, de ses fatigues corporelles. L’artiste qui a le goût des exercices physiques se repose de son art en faisant travailler ses membres.

Les goûts ont mille objets différents. Ils s’appellent successivement la chasse, l’équitation, la natation, l’escrime, la pêche, le jeu, l’amour des fleurs, l’amour des arts, voire même l’amour des travaux manuels. 

Victor Hugo était tapissier, cela le délassait d’être poète. Tour à tour, il ciselait une orientale ou agrémentait un baldaquin. On prétend même qu’à la mort de sa fille, incapable de travail, rebelle à toutes les consolations, il ne trouva qu’un seul moyen de tromper quelque peu sa douleur, ce fut de remeubler son appartement. 

Saint Marc Girardin était menuisier. Quand il était fatigué d’avoir travaillé dans sa bibliothèque, il travaillait à sa bibliothèque même. Il posait des rayons, il rabotait des planches. Le plaisir de la lecture épuisé, il s’occupait encore de ses livres, il les logeait. 

Les goûts ont cet avantage considérable qu’il en existe pour tous les âges comme pour toutes les positions. La vieillesse éteint les passions, suspend les occupations, coupe court aux ambitions et vous livre en proie à ce terrible ennemi qu’on appelle le repos et qui, en réalité, se nomme l’ennui. Qui peut seul le combattre ? Les goûts. 

Ernest Legouvé, 1890.

Histoire des poupées

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Victor Hugo, de la mort duquel on a célébré, en 1935, le cinquantenaire, ne les avait pas négligées.

« La poupée, a écrit Hugo dans les Misérables, est un des plus et en même temps un des plus charmants instincts de l’enfance féminine. » 

Et il complétait sa remarque : 

« Soigner vêtir, parer, habiller, déshabiller, rhabiller, enseigner, un peu gronder, dorloter, endormir se figurer que quelque chose est quelqu’un, tout l’avenir de la femme est là. Tout en rêvant et tout en jasant, tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassières, l’enfant devient jeune fille, la jeune fille devient grande fille, la grande fille devient femme. Le premier enfant continue la dernière poupée. »

La coutume des poupées a de fort lointaines origines. 

Dans l’Egypte, la Perse et la Grèce antiques, les petites filles s’amusaient déjà avec des poupées en bois, en os, en ivoire ou en terre cuite. On a retrouvé de ces jouets dans des sépultures d’enfants (on enterrait les fillettes, avec leurs joujoux favoris) et on en peut voir, aujourd’hui, en plusieurs musées, et notamment au Louvre. 

A Rome, l’usage voulait que les jeunes filles nubiles allassent porter leurs poupées aux autels de Vénus. 

Au Moyen Age, l’usage des poupées fut certainement conservé, mais on ne possède pas, de cette époque, d’objets qui puissent fournir un témoignage direct. Tout au plus a-t-on découvert, dans de rares manuscrits, des reproductions graphiques de quelques poupées médiévales. 

Du quinzième au dix-septième siècle, les petites bonnes femmes de bois prennent une importance nouvelle : elles deviennent les propagandistes de la mode française. Ce sont des poupées soigneusement habillées et parées qui vont faire connaître à l’Europe entière les subtilités vestimentaires des dames de la cour de France. L’histoire a enregistré quelques célèbres envois : la poupée adressée par Isabeau de Bavière à sa fille Isabelle d’Angleterre, la poupée offerte par Anne de Bretagne à Isabelle de Castille. 

Ce mode de représentation de la haute couture fut longtemps en honneur. 

Pendant la guerre de la succession d’Espagne, alors que Français et Anglais se battaient avec acharnement et conviction, une convention spéciale fut signée qui autorisait l’entrée en Angleterre des figurines annonciatrices de la dernière mode de Versailles. 

A cette époque, les corps des poupées n’étaient pas moulés mais modelés à la main et avec minutie. 

Ce fut surtout du quinzième au dix-septième siècles que les poupées de bois, de cire ou de carton-pâte tinrent le rôle qui est aujourd’hui donné aux femmes-mannequins des grands couturiers. 

Pourtant, en 1852, Natalis Rondot pouvait encore écrire dans le Magasin pittoresque :

« Les ouvrières parisiennes, n’ont pas de rivales pour l’habillement de la poupée, elles savent, avec une prestesse et une habileté merveilleuse, tirer parti des moindres morceaux d’étoffe pour créer une toilette élégante. Le mantelet, le casarecka et la robe d’une poupée d’un franc sont la reproduction fidèle et correcte des modes nouvelles, et dans ces costumes chiffonnés avec tant de coquetterie, l’habilleuse ne se montre pas seulement excellente lingère, couturière ou modiste : elle fait preuve, en même temps, de goût d’ans le choix des tissus et le contraste des couleurs. Aussi la poupée est-elle expédiée dans les départements et souvent même à l’étranger comme patron de modes. Elle est même devenue un accessoire indispensable de toute exportation de nouveautés confectionnées et il est arrivé que faute d’une poupée, des commerçants ont compromis le placement de leurs envois. Les premiers mantelets vendus dans l’Inde furent portés sur la tête, en mantille, par les dames de Calcutta, la poupée modèle arriva enfin et l’erreur fut reconnue. »

Aux Indes, les poupées indigènes tiennent, en vertu d’anciennes coutumes, un autre emploi. Elles sont l’objet d’une sorte de culte, on veille à la tenue de leur logement, on organise des cérémonies en leur honneur, on a même célébré en grande pompe des mariages de poupées. 

Si la France, depuis longtemps, s’était placée au premier rang pour l’habillement des poupées, la suprématie dans la construction même des figurines revenait à l’Allemagne. 

En 1862 un fabricant nommé Jumeau créa véritablement l’industrie de la poupée française. En peu de temps l’exportation fut organisée. 

En Angleterre, des industriels s’intéressèrent également à la question. 

Ainsi, la poupée qui était déjà jouet d’enfant et instrument de publicité devint le motif d’une fabrication prospère. Aujourd’hui, les fillettes ont encore des poupées mais les femmes majeures en ont aussi : poupées richement peintes et somptueusement parées, qui trônent sur les fauteuils, les lits et les divans. 

Des dames de lettres parlent très sérieusement de l’âme de leur poupée… 

Laissons là ces futilités et ce fétichisme. 

Rien n’est plus émouvant, au fond, que la malheureuse gosse qui étreint avec passion la poupée de pauvre, la poupée faite de vieux chiffons roulés, découpés et ficelés, la poupée rudimentaire sans doute, mais enrichie de tous les dons de l’imagination et de la poésie enfantines. 

Marcel Lapierre. « Almanach des coopérateurs. » 1936.

Quête

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Une anecdote sur Victor Hugo, non point inédite, mais certainement très peu connue.

Une dévote faisant la quête à domicile pour le denier de St-Pierre, alla frapper à la porte du poète qui reçut une liste de souscription avec l’invitation d’y inscrire son nom et le montant de son offrande.

Attention flatteuse, la dame avait, de sa blanche main, écrit en haut de la page le vers de Victor Hugo : « Qui donne aux pauvres prête à Dieu. » 

L’auteur des Misérables, très charitable cependant, prit le papier et écrivit :

« Qui donne aux pauvres prête à Dieu »
Pour le pape et sa tirelire.
Mon vers se modifie un peu
Qui donne aux riches prête à rire.

Ce qui prouve que le génie n’exclut pas l’esprit.

« Le Progrès. » 1902.

Malpoli !

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Après la publication des Misérables, M. Cuvillier-Fleury publia une critique aussi sévère que solennelle du livre de Victor Hugo.

Un des grands reproches que faisait au grand poète l’académicien Cuvillier-Fleury, c’était surtout d’avoir écrit, en toutes lettres, le substantif qu’à immortalisé Cambronne.

Comme réponse, Victor Hugo lui adressa un exemplaire avec la dédicace suivante :

« A mon collègue Villier-Fleury.»

« L’Eclipse. »Paris, 1876.

Œuvre d’imbécile

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Un chroniqueur peu scrupuleux sur le choix de ses anecdotes, rapporte que M. de Lamartine, interrogé dans un salon sur le mérite des Travailleurs de la mer, aurait répondu :

« C’est l’oeuvre d’un fou devenu imbécile. »

Certains journalistes, de beaucoup d’esprit d’ailleurs, ont un grand tort, c’est de croire que la langue du café de Madrid ou du café de Suède a droit de cité dans la bonne compagnie. En supposant, ce qu’il est difficile d’admettre, que M. de Lamartine ait sur Victor Hugo et son livre l’opinion formulée ci-dessus, il ne l’aurait pas exprimée en ces termes dans un salon.

M. de Lamartine est un modèle exquis de l’homme bien élevé, et cela suffirait pour qu’il ne proférât jamais une pareille grossièreté, même s’il n’affectait pas en toute occasion, une amitié pieuse et une admiration sans bornes pour Victor Hugo.

« La Petite revue. »   Paris, 1866.

Anthropophages parisiens

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On se rappelle toutes les horreurs que mangèrent les Parisiens durant le siège de 1870-1871 : certains en devenaient enragés.

Victor Hugo, lui, prenait la chose avec plus de philosophie. Et comme, un soir, dans un restaurant célèbre, après avoir mangé du cheval, un des dîneurs déclarait qu’il vaudrait mieux manger de la chair humaine, le grand poète annonça qu’il était tout prêt à faire partie d’une société où l’anthropophagie serait de règle.

Et pour le prouver il écrivit joyeusement un quatrain :

Je lègue à Paris, non ma cendre
Mais mon bifteck, morceau de roi.
Femmes, si vous mangez de moi,
Vous verrez comme je suis tendre.

«  Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1904.