villégiature

Ludwig, grosse filou !

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beethoven

Au printemps de 1821, alors qu’il était en villégiature à Baden, Beethoven se présenta un jour chez le conseiller municipal Johann Bayer pour louer deux pièces. 

Celui-ci remarqua que Beethoven était sans chapeau, mais avant qu’il ait pu lui en faire l’observation (il connaissait le compositeur) un agent de police et un garçon de restaurant firent irruption et conduisirent Beethoven au poste. Là, tout s’expliqua. 

Le musicien était parti du restaurant. en oubliant son chapeau, mais en oubliant aussi, bien involontairement, de régler son addition.

Un cabaret de campagne au grand siècle

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Au dix-septième siècle, Auteuil, dont les derniers jardins disparaissent pour faire place à des maisons de rapport, était un calme lieu de villégiature, avec des vignes, des prés, des chaumières, des bois, et le village comptait à peine cinq cents habitants.

Boileau, qui a célébré son jardin et son jardinier d’Auteuil dans une épître bien connue, pratiquait largement l’hospitalité. Il attira Racine et Molière dans cette tranquille retraite. C’est à Auteuil que racine composa ses joyeux Plaideurs, et la légende prétend qu’il en écrivit plusieurs scènes au sein de festins qui se prolongeaient pendant une bonne partie de la journée, sous les tonnelles du cabaret du Mouton Blanc, rue d’Auteuil. Une enseigne de restaurant en rappelle encore le souvenir aujourd’hui. Souvenir qui se mêle à celui de nos plus belles gloires littéraires.

Tous les grands écrivains, ainsi que leurs amis, quittaient à Auteuil les soucis de la grand’ville. Ils devaient accrocher aux patères du Mouton Blanc les majestueuses perruques qui leur donnaient un air si imposant.

Il y avait bien à Auteuil une source d’eau minérale, qui coulait dans le village, et qui passait pour avoir des propriétés ferrugineuses. On la recommandait pour soigner l’anémie et les défaillances du foie. Il existe même un ouvrage, vieux de plusieurs siècles, rédigé par Pierre-Habert Escuyer, « médecin ordinaire de Monseigneur, frère unique du Roy », qui s’intitule Récit véritable des vertus et propriétés des eaux minérales d’Auteuil.

Mais ce n’est pas pour boire de l’eau ferrugineuse que Boileau et ses compagnons venaient à Auteuil. D’ailleurs, on ne servait pas d’eau au Mouton Blanc, et ils pratiquaient plutôt une cure de ce petit vin guilleret dont les contemporains disent tant de bien et que produisaient les coteaux qui descendent vers la Seine. Ils poussaient même parfois l’amour du vin d’Auteuil assez loin. Mais cela n’était pas trop mal vu à cette époque, et le médecin Fagon n’avait-il pas guéri Louis XIV par une cure de Bourgogne ?

Bref, un beau soir où la dose de reginglard avait peut-être été exagérée (mais on était en pleine canicule et c’était déjà une circonstance atténuante) après quelques discussions philosophiques et littéraires qui les avaient encore altérés, ces bons vivants décidèrent soudain, dans un de ces accès de mélancolie qui naissent au milieu des plaisirs les plus exubérants, que la vie était une bien piètre aventure et que mieux valait en finir tout de suite avec cette marâtre. Et, d’un bel enthousiasme, ils se levèrent pour courir jusqu’à la Seine.

Mais Molière, qui souffrait déjà de la maladie qui devait l’emporter et qui, ce soir-là, n’avait bu que du lait, démontra à ses amis qu’un si noble exploit ne pouvait s’accomplir nuitamment, mais en plein midi, devant un grand concours de peuple.

On écouta le sage Molière. On remit au lendemain cette action si valeureuse et l’on alla se coucher, après une dernière rasade. Inutile d’ajouter que ces désespérés se réveillèrent la tête un peu lourde et un peu honteux de leur stupide projet…

« Le Pêle-mêle : journal humoristique hebdomadaire. » Gaston Derys, Paris, 1930.
Illustration : « Un Cabaret à Bouxwiller. »  Marchal, 1876.

 

 

Manifestations

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Pendant que le Tout-Paris villégiature, ce qui reste manifeste. C’est chose peu banale, en effet, que de voir de courageuses femmes du monde réclamer publiquement dans la rue la liberté d’enseignement.

En cent ans, la situation de notre pays a vraiment peu changé. Les descendants de ceux qui eurent le plus à souffrir de la Révolution se réclament à leur tour de ses principes — dits immortels — pour défendre leurs libertés menacées. Ce rapprochement est vraiment bien curieux et bien humain. Seulement il n’est plus de Bastille à prendre, et cela serait moins facile que jadis. M. Lépine veille et bien.

Il serait question de former une ligue pour le refus de l’impôt. Nul doute qu’elle ne trouve de nombreux adhérents dans toutes les classes de la société, ne fût-ce que pour le plaisir extrême d’économiser sur le dos de l’Etat. C’est un moyen tout trouve de rétablir quelque peu ses revenus sans cesse diminuant. Voilà une idée qui ferait fortune dans les campagnes, ou le paysan attend la dernière extrémité pour payer ses contributions, et avec quel chagrin ! car elles lui arrachent les quelques sous que la terre appauvrie lui permet de mettre de côté.

« La Revue mondaine : hebdomadaire, littéraire et artistique. »  Paris, 1902.
Illustration : F. Brard.