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Du berger à la bergère

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Lors de son voyage d’études en Amérique, M. André Citroën visita les usines Ford à Detroit. Le travail à la chaîne y est organisé, comme chacun sait, avec une prodigieuse minutie.

Une heure cinq, déclara M. Henry Ford à notre grand constructeur, une heure cinq après que la première pièce est arrivée entre les mains du premier ouvrier, l’auto sort de l’usine.

M. Citroën eut un petit regard malicieux, derrière ses lorgnons :

Ce n’est rien, monsieur Ford, fit-il, rien du tout. Chez moi, une heure après que la première pièce est passée entre les mains du premier ouvrier, le premier piéton écrasé entre à l’hôpital.

 » Marianne : grand hebdomadaire littéraire. »  Paris, 1933.

Une religieuse au volant

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S’il est assez fréquent, aujourd’hui, de voir des femmes tenir le volant d’une automobile, on n’avait jamais rencontré, en France du moins, de religieuses faisant cet office.

Or, dans un couvent de femmes, à Pau, est une religieuse qui conduit la camionnette chargée de faire les provisions à la campagne.

Entrée au couvent, comme novice, cette religieuse montra de telles qualités d’énergie et de décision, que la supérieure lui fit suivre un cours de mécanicien-chauffeur, elle lui confia ensuite le soin de conduire la voiture que venait d’acheter le couvent.

La chauffeuse en cornette s’acquitte à merveille de ses fonctions, et elle conduit sa camionnette avec une telle dextérité qu’elle n’a pas encore, paraît-il, écrasé le moindre poulet.

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1927.
Illustration :  » Le gendarme de Saint-Tropez » de Jean Girault.  France Rumilly et Louis de Funès. capture YouTube.

Go fast

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Vers neuf heures du soir, boulevard des Italiens, à la hauteur de la rue Drouot, un charretier, Louis M…, conduisant une voiture attelée de deux chevaux, passait au galop en suivant la partie gauche de la chaussée.

Interpellé par un gardien de la paix, ce charretier a refusé de s’arrêter et de donner son nom. L’agent l’ayant cependant rejoint, a arrêté ses chevaux et voulait prendre le relevé de la plaque ; mais le charretier a pris la fuite en frappant ses chevaux à coup redoublés de son fouet et en entraînant le gardien qui est tombé après un parcours de cent cinquante mètres environ.

Celui-ci, se relevant, sauta alors dans une voiture de place qui allait dans la même direction et rejoignit de nouveau le charretier place de la Trinité, et de là, aidé de deux de ses collègues du 9ème arrondissement, il le conduisit au bureau du commissaire de police du quartier de la Chaussée-d’Antin. Le charretier refusait de marcher et opposait la plus vive résistance aux agents.

Le commissaire de police a consigné ce charretier à sa disposition et a fait conduire la voiture à son propriétaire, par un commissionnaire.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.
Illustration : montage personnel.

L’emprunteur

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automobile.Les journaux signalent l’existence, dans la banlieue parisienne, d’un malfaisant individu qui commence à se faire non pas un nom (il demeure jusqu’ici anonyme) mais une sorte de notoriété dans une spécialité assez singulière.

Toutes, les fois qu’il en trouve l’occasion, ce bougre dérobe les voitures automobiles momentanément abandonnées par leur conducteur le long des trottoirs hors des lieux désignés comme parcs de stationnement. Ce n’est pas une nouveauté, dira-t-on, voici bien longtemps que les voleurs d’autos ont fait parler d’eux pour la première fois. D’accord, mais le voleur qui nous occupe a ceci de particulier qu’il n’est pas un véritable voleur, c’est en quelque manière un emprunteur. Lorsqu’il a cessé de se servir de la voiture dérobée, son plus grand plaisir est d’adresser au propriétaire, dont il a relevé le nom et l’adresse sur la plaque d’identité, Un petit mot ainsi conçu :

« Cher monsieur (ou chère madame s’il s’agit d’une dame), votre bagnole que vous croyez disparue à jamais, se trouve en tel endroit (ici le nom de quelque localité banlieusarde), Vous pourrez venir la chercher quand il vous plaira, je l’ai laissée en parfait état dans le terrain vague qui fait le coin de la rue Gambetta et de l’avenue de la Victoire. Recevez, cher Monsieur, avec mes excuses et mes remerciements, l’assurance de mes sentiments distingués. »

Cette missive, ça n’a l’air de rien, mais il n’en faut pas davantage pour empoisonner le monsieur ou la dame à qui elle est adressée.

Mettez-vous à la place de ce malheureux. Ayant constaté la disparition de votre voiture, un peu démodée déjà et pas mal usée, vous vous êtes empressé de signaler l’événement à la compagnie qui vous assure contre le vol. Peut-être aviez-vous choisi déjà la huit-cylindres qui devait remplacer le tacot fugitif. Peut-être au contraire, revenu des joies de l’auto, aviez-vous décidé de remployer la somme qui vous est due à l’achat d’une petite maison de campagne ou d’un magnifique tableau de Millet, exécuté par Cazot, le peintre à la mode. Et soudain voilà tous ces beaux projets qui s’écroulent. Il vous faut décommander l’assurance, renoncer à la huit-cylindres, oublier le Millet-Cazot*, et prendre tristement le tramway ou le train pour aller dépanner en quelque patelin perdu de la banlieue la bagnole dont vous vous croyiez débarrassé.

  • En 1930, Jean-Charles Millet et Paul Cazot furent arrêtés et condamnés pour fabrication et vente de fausses oeuvres de Millet, Delacroix, Rousseau… et autres artistes de l’Ecole de Barbizon.

Bernard Gervaise. « Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.

La dynamite remplacerait l’essence

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La vieille Europe va-t-elle s’affranchir de l’essence américaine et asiatique ? Un peu partout, des efforts et des recherches sont entrepris afin de trouver un carburant ou un combustible susceptible de remplacer l’essence de pétrole. La combinaison la plus audacieuse, sans doute, est celle que l’on vient de mettre à l’essai en Allemagne et qui consiste tout simplement à utiliser les explosifs de guerre pour animer un véhicule automobile.

Si nous en croyons les nouvelles venues d’outre-Rhin, on aurait procédé récemment, sur un autodrome allemand, aux essais d’un pareil véhicule, essai qui aurait donné des résultats extraordinaires.

On ne dit pas comment la chaleur dégagée par la combustion de la poudre à canon (au fait, est-ce de la mélinite, de la cheddite ou de la dynamite ?) est transformée en énergie mécanique. Mais on nous affirme que, dans sa forme actuelle, cette voiture serait capable de faire du quatre cents à l’heure et d’atteindre cette vitesse formidable dans un temps extrêmement court. Ce serait, évidemment, une façon commode de diminuer les dépenses que tout Etat est obligé de faire pour entretenir en pure perte de grands stocks d’explosifs, puisque ceux-ci, au lieu d’être réservés à un but exclusivement guerrier, trouveraient un emploi essentiellement pacifiste. Ce qui ne prouve pas, d’ailleurs, que la voiture à explosifs soit un instrument favorable au désarmement.

Et comment baptiserons-nous la nouvelle voiture : auto-canon, canon-automobile ? Certains l’ont appelée « voiture-fusée ». Verrons-nous bientôt la cinq chevaux de Madame circuler chassée par une flamme de plusieurs mètres ? Ce serait un moyen commode d’écarter les suiveurs inopportuns.

« Les Annales politiques et littéraires. »   Marcel Reichel, Paris 1928.

 

Atavisme

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95-a1776cbe97e6a0d31dc1d123348477a1Il y a plusieurs années, lorsque la « voiture à pétrole » était un instrument de haute nouveauté, l’automobile fut fraîchement accueillie par la grande majorité des êtres vivants.

Les chiens s’élançaient aboyant à pleine gueule, cherchant à mordre les roues, et plus d’un fut victime de ce zèle intempestif. Les chevaux s’emballaient, rien qu’à voir une automobile arrêtée: le spectacle inattendu d’une voiture sans attelage ne leur inspirait guère confiance. Et, pourtant, n’était-ce pas le signe précurseur de la fin de leur cruel esclavage ! Les ânes, les cochons, tous les bestiaux enfin, s’enfuyaient éperdus, et te paysan prenait sa fourche ou ramassait une pierre.

Les temps, aujourd’hui, sont révolus. S’il existe encore des « piétons » hargneux, les bêtes ont compris que l’automobile par elle-même n’est pas un être offensif. Et c’est là un des plus curieux exemples de l’éducation par hérédité. Le jeune poulain, le bébé-chien qui, pataud, s’ébat au bord de la route, ne s’étonnent plus, à peine nés, du passage d’une tonitruante « sans chevaux ». Et le bolide qui passe dans une canonnade éperdue de son échappement libre n’effraye même plus ce lièvre qui broute un sainfoin.

Seuls, la poule et ses poussins demeurent réfractaires à la locomotion moderne. La routine serait-elle un privilège des  bipèdes ? Toujours est-il que coqs, poules et poulets persistent à s’enfuir éperdument, qu’ils cherchent à gagner la voiture de vitesse, et traversent la route devant elle, au moment précis où elle va les rejoindre … ce qui a, pour eux, les plus mortels inconvénients.

En vérité, ces gallinacés obéissent à un instinct solidement ancré dans leur petite cervelle, instinct émouvant d’ailleurs et qui ne disparaîtra, je pense, que lorsque les dents leur pousseront. Devant le danger, la poule et les poulets, toujours, irrésistiblement, cherchent à regagner le poulailler et à se mettre à l’abri du toit familier et de « Chantecler », claironnant héros domestique. Attraction fatale du « maître du logis ».

« Les Annales politiques et littéraires. »  Adolphe Brisson, Paris, 1927.

Voitures à compteur

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Odomètre de Léonard de Vinci
Odomètre de Léonard de Vinci

Il est fort question, depuis quelques années, d’adapter des compteurs à nos petites voitures, et plusieurs systèmes ont même été mis à l’épreuve.

Si ces systèmes sont neufs, l’idée des voitures à compteur est-elle également neuve ? Il s’en faut. Un ouvrage chinois, dont le savant Klaproth a traduit différents passages, donne de curieux détails sur le mécanisme d’un char construit en 1027 par Lou-Tao-Loune, un des grands officiers de l’Empire, et qui indiquait le trajet accompli.

Ce char avait deux étages superposés, sur chacun desquels se tenait un homme de bois avec un maillet à la main. Quand le char avait fait un li (mesure itinéraire chinoise répondant à 576 mètres), l’homme de bois du premier étage frappait un coup sur un tambour, et une roue placée à moitié de sa hauteur exécutait un tour. Au bout de dix tours de roue, ou autrement de dix lis, c’était au bonhomme de l’étage supérieur à frapper sur une clochette.

A une époque encore plus reculée, nous voyons figurer dans le mobilier de l’empereur Commode, des voitures à compteur. Sans doute étaient-elles construites sur le modèle indiqué par Vitruve dans le chapitre du Xème livre de son Architecture intitulé : » Par quel moyen on peut savoir, en allant en voiture ou en bateau, combien on a fait de chemin. « 

« Passons maintenant, dit l’auteur, à une invention qui peut être de quelque utilité, et qui est une des choses les plus ingénieuses que nous tenions des anciens. »

Ainsi pour Vitruve, qui vivait clans le premier siècle avant notre ère, l’invention des voitures à compteur était déjà chose ancienne. Le mécanisme, qu’il décrit longuement, et que le mouvement circulaire des roues mettait en jeu, avait pour résultat de faire tomber dans une boîte d’airain, à intervalles égaux, de petits cailloux dont chacun représentait un nombre de tours de roue déterminé, équivalant à mille pas. Le bruit que chaque caillou faisait en tombant indiquait au voyageur qu’il avait franchi un nouveau mille, et, en comptant ces cailloux à l’arrivée, il savait au juste la distance parcourue.

« Musée universel » A. Ballue, Paris, 1872.