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Surprise !

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Après la mort de la célèbre Emilie du Châtelet, son mari examinait en présence de Voltaire, le baguier qu’elle avait laissé.

Sa main s’arrêta sur une bague dont le chaton fixa plus particulièrement ses regards. Voltaire, qui prenait autant d’intérêt que lui à cet examen, devint alors lui-même plus attentif. La curiosité de celui-ci s’accroît. L’inquiétude de celui-là augmente. Un sentiment secret les anime tous deux : chacun se flatte à l’avance d’y retrouver son image, comme un présent qu’ils ont fait autrefois à cette femme si tendrement aimée et tant regrettée. L’un et l’autre se disputent obstinément cette dépouille si chère. Cependant, durant ce petit débat, le hasard fait que la bague s’ouvre sous leurs doigts.

Voltaire ne s’approche qu’en tremblant. Le portrait paraît enfin. C’est celui de son ami Saint-Lambert !

« La Diligence. » Paris, 1845.

Oreille musicale

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L’illustre compositeur Jean-Philippe Rameau  (« l’Euclide-Orphée », ainsi que l’a baptisé Voltaire), déambule, et marche de long en large dans son salon.

Le compositeur de tragédies lyriques et d’opéras-ballets ressasse à l’évidence quelque échafaudage harmonique. 

Rameau, tel un somnambule, tout à ses mesures et altérations musicales, piétine malencontreusement la patte du carlin de son épouse. Le pauvre animal, en guise de protestation, ne peut que laisser échapper un hurlement de douleur. Le musicien de s’écrier :

« Ah misérable ! tu chantes faux !« 

Sur ces mots il empoigne le quadrupède et le propulse par la fenêtre….

Quelle oreille fine et délicate ! Quelle aversion de la fausseté des sons !

C’est vilain de copier !

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M. de Saint-Marc se vantait chez Voltaire d’avoir une mémoire tellement familiarisée avec la littérature, qu’on ne pourrait pas lui citer deux vers de suite du théâtre moderne qu’il ne dît de quelle pièce ils étaient.

On en fit plusieurs essais dont il se tira très bien. Madame Denis, nièce de Voltaire, crut l’embarrasser en lui en citant deux qu’elle composa à l’instant. Il réfléchit un moment et dit :

— Ah ! je les reconnais, ils sont de la Chercheuse d’esprit (petit opéra-comique sous ce titre).

La confusion de madame Denis ne laissa plus de doute sur la découverte de l’auteur.

« Journal des histoires anciennes, modernes et contemporaines. »Paris, 1833.

 

Voltaire et le pâté

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Tout s’arrange en dînant, dans le siècle où nous sommes. Zaïre, cette touchante tragédie de Voltaire, fut d’abord reçue du public avec des bravos. Cependant la critique, qui se réveille au bruit des applaudissements, décocha quelques-uns de ses traits sur cette œuvre. son auteur, désireux de la faire taire, usa du sage précepte de Boileau, et remit, vingt fois son ouvrage sur le métier. 

Voltaire avait beau être une puissance, il y en avait encore une au-dessus de la sienne : c’était celle des acteurs et surtout de ce Dufresne si vain et si glorieux, qui remplissait le principal rôle. Aussi le poète était-il, pour ainsi dire, aux genoux du comédien pour lui faire recevoir ses corrections. Enfin, ce dernier, avec toute la morgue qui le caractérisait, notifia sèchement à l’auteur de Zaïre qu’il était fatigué d’apprendre et de désapprendre, et qu’il ne recevrait plus désormais ces requêtes poétiques.

Voltaire ne se découragea point; et lorsqu’il n’était pas reçu dans l’appartement de Dufresne, il glissait ses alexandrins par le trou de la serrure. Ce moyen restant sans effet, il saisit une heureuse circonstance pour atteindra son interprète récalcitrant.

Un jour que Dufresne donnait un dîner d’apparat à ses camarades, il reçut un pâté d’une honnête dimension, envoyé par quelqu’un qui désirait garder l’anonyme. L’amphytrion et les connaisseurs reçurent cette pièce nouvelle par acclamation (style de comité), et soignèrent sa mise en scène. On leva la toile, ou plutôt la croûte du pâté, et l’on vit paraître douze jolies perdrix aussi appétissantes que douze jeunes premières : chacune d’elles tenait dans son bec un billet sur lequel étaient écrits les vers à retrancher ou à substituer dans le rôle de Dufresne.

Cette manière ingénieuse de présenter ses corrections fut goûtée du comédien, et Voltaire obtint autant d’applaudissements dans la salle à manger, qu’au parterre de la Comédie-Française.

« L’Entr’acte versaillais. »  Versailles, 1864.

 

Autodafé suisse

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Au dix-huitième siècle, un décret fut promulgué en Suisse, proscrivant la Pucelle, de Voltaire, et le livre de l’Esprit, d’Helvétius, et enjoignant à tous les magistrats d’en rechercher et d’en détruire les exemplaires.

Le juge du canton de Bâle répondit :

On n’a trouvé dans mon canton ni pucelle ni esprit.

« Hier, aujourd’hui, demain. »  Paris, 1923.

Une invitation à dîner de Voltaire

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Voltaire avait souvent d’originales façons d’inviter à dîner. Le 4 juillet 1772, il convia deux Anglais, Richard Neville et ,son fils, amis de Tronchin, qui se trouvaient à Genève et qui avaient l’ambition ,d’être reçus à Ferney, par ce billet :

« Messieurs, je suis bien malade, mais cela ne fait rien. Venez tous deux ce soir, sans cérémonie. Si je suis mort, Mme Denis vous donnera à souper. Si je suis en vie, nous boirons ensemble. »

Voltaire.

Les deux Anglais ne laissèrent pas d’être surpris. Ils arrivèrent, un peu inquiets, mais leur inquiétude se dissipa vite, car tout moribond qu’il prétendit être, Voltaire n’avait jamais été d’humeur plus enjouée. II parla abondamment de ses maux, cependant, mais il en parla avec une vivacité extrême, et sans qu’il parût, dans l’instant, en être le moins du monde incommodé. Mme Fleurian, qui était parmi les convives, avertit Richard Neville que le châtelain de Ferney commençait toujours par se plaindre, afin d’avoir un prétexte pour se retirer si la compagnie venait à l’ennuyer.

Il ne se retira point, ce dont les Anglais furent flattés. Ils se mirent en frais de coquetterie pour lui plaire. A un moment donné, ils citèrent quelques-uns de ses vers, que Voltaire ne se rappela point, ou feignit de ne point se rappeler, et quand on lui eut dit qu’ils étaient de lui, il répliqua avec une apparente indifférence : 

— Je ne relis que les vers des autres.
Ma foi, dit galamment Richard Neville, les autres vous le rendent bien. 

On lui fit compliment sur la vue excellente qu’il avait conservée, malgré ses soixante-dix-neuf ans.

Peuh ! soupirait-il, qu’importe que les fenêtres soient encore bonnes, quand les murailles tombent !

Mais il n’en soutint pas moins la conversation jusqu’à minuit, et il accompagna ses hôtes, rejoignant leur voiture, à travers les jardins. Ce billet de Voltaire revient d’Angleterre, où il fut solennellement conservé, au château d’Andley-End, par les descendants de Richard Neville, pour qui ce dîner chez le « patriarche » avait été un grand souvenir…

« Touche à tout : magazine des magazines. »  Paris, 1909.
Peinture de Jean Huber.