Voltaire

Abondance de petits doigts

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 bonimenteur

On affirme que, pendant longtemps, tous les visiteurs de marque pouvaient acheter la dernière canne de M. de Voltaire.

En France, Lamartine et Victor Hugo ont également trouvé leur exploiteur : un nommé Thomas qui vous vendait les pantalons les plus authentiques ayant appartenu à Victor Hugo. II y, aurait, eu de quoi culotter tout un régiment ! Mais, ce qu’il fit de plus, joli, c’est de vendre l’auriculaire gauche de Lamartine dans un flacon sur lequel était collée cette étiquette :

« Ci-gît le petit doigt de la main gauche de Lamartine, sur lequel le brillant poète appuyait son front lourd de pensées« .

Bien entendu le flacon était accompagné de tous les cachets de l’authenticité.

Or, un Anglais, ayant appris la semaine dernière que l’auriculaire de la main gauche de Lamartine se trouvait entre les mains d’une autre personne, est venu trouver le commissaire de police de son quartier pour déclarer que lui aussi en possédait un.

Nul doute que l’on n’en découvre trois, quatre, huit, douze !…

Lamartine a tant écrit !

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

Le derrière

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Jason-Town

Un soir qu’un Anglais soupait avec le philosophe de Ferney, la conversation tomba sur Shakespeare.

Voltaire s’étendit sur l’effet inconvenant et absurde que produisaient des caractères bas et des dialogues vulgaires dans la tragédie. Il s’appuya de beaucoup d’exemples pour prouver que le poète anglais avait souvent offensé le goût même dans ses pièces les plus pathétiques.

L’Anglais observa, pour excuser son compatriote, que ces caractères , quoique bas, étaient pourtant dans la nature.

— Avec votre permission, monsieur, répondit Voltaire, personne ne montre son derrière… il est pourtant dans la nature.

Joseph-François-Nicolas Dusaulchoy de Bergemont /Pierre Joseph Charrin. « Les soirées de famille. » Paris, 1817. 

Illustration : Jason Town.

Familiarité intempestive

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le-Temple-de-la-Gloire

Voltaire, pour complaire à Madame de Pompadour, avait composé, en l’honneur des victoires de Louis XV, au retour de la guerre des Pays-Bas, un ballet intitulé le Temple de la Gloire.

Ce ballet héroïque où le roi était désigné sous le nom de Trajan fut exécuté par des seigneurs et dames de la cour. Les rangs étaient confondus, et dans ce jour l’on semblait avoir banni toute étiquette. Voltaire se trouvait placé dans la logo royale, derrière Sa Majesté. Sur la fin de la pièce, et dans un moment d’enthousiasme provoqué en lui par son propre ouvrage, l’auteur du ballet saisit dans ses bras celui qui on était le héros, en s’écriant :

« Eh bien ! Trajan, vous reconnaissez-vous là ? » 

A l’instant le spectacle est interrompu, des gardes s’emparent de l’irrévérent et le conduisent en lieu de sûreté. Mais le mouvement était trop flatteur pour que celui qui en avait été l’objet ne fit pas grâce à celui qui avait pu croire que la composition d’un ballet était un brevet de familiarité auprès d’un puissant roi.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.

Voltaire en colère

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richelieu

Lorsqu’il fut question de réunir l’Académie Française à celle des Inscriptions et Belles-Lettres, Voltaire s’écria :

« Je ne pardonne point à ceux qui veulent du mal à notre Académie, parce qu’elle est libre. Le Cardinal de Richelieu l’a créée avec cette liberté comme Dieu créa l’homme. Il faut lui laisser le libre arbitre dont elle n’a jamais abusé. C’est un Corps plus utile qu’on ne pense , en ne faisant rien, parce qu’il sera toujours le dépôt du bon goût qui se perd totalement en France. Il faut laisser subsister l’Académie comme ces anciens Monuments qui ne servaient qu’à montrer le chemin ».

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon . »  Paris, 1792.

Amour-propre

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prétentieux.

Un auteur a qualifié l’amour-propre, le plus grand de tous les flatteurs. Ou encore : amour de soi, qui peut, au cas échéant, tenir lieu de tout ce qu’on n’a pas.

« L’amour-propre, disait le célèbre théologien protestant Abbadie, entre essentiellement dans toutes les vertus. Une bonne action n’est qu’une manière de s’aimer, un amour-propre plus noble que les autres. »

L’amour-propre, a dit Voltaire, fort expert d’ailleurs en cette question, est semblable à l’avarice, il ne laisse rien traîner. L’une se baisse pour ramasser la plus misérable guenille, el l’autre le plus plat éloge.

Nul mortel, peut-être, ne porta la présomption et l’amour-propre plus loin qu’un certain Ségérus, professeur en l’Université de Wirtemberg. Il fit graver son portrait au-dessus d’un crucifix, avec cette inscription :

« Seigneur Jésus, m’aimez-vous ?« 

Et Jésus répondait :

« Oui, très illustre, très excellent, très docte seigneur Ségérus, poète couronné par sa majesté impériale, et très digne recteur de l’université de Wirtemberg, oui, je vous aime !« 

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, 1897, Paris. 

Volé à la brasserie

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brasserie

Les brasseurs américains n’ont qu’une confiance modérée dans leurs clients. Aussi prennent-ils la précaution de graver sur les ustensiles mis à leur disposition une inscription destinée à les protéger contre les ravisseurs possibles. Lors du voyage du prince Henri de Prusse en Amérique, cette sage habitude eut un résultat imprévu.

C’était chez le président Roosevelt qui offrait à son hôte de la bière servie à l’allemande dans des pots en grès empruntés à la brasserie voisine.

Le visiteur vida sa chope d’un trait, puis partit d’un grand éclat de rire.

Il venait d’apercevoir au fond du récipient cette inscription… préventive :

Volé à la brasserie X… 5ème avenue…

Spirituelle restriction

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voltaire-de-haller

Un Anglais étant allé voir Voltaire à Ferney lui dit qu’il venait de rendre visite à M. de Haller.

Ah ! dit Voltaire, c’est un grand homme, grand poète, grand naturaliste, grand philosophe ! 

Ce que vous dites-là, Monsieur, reprend l’Anglais, est d’autant plus beau que M. de Haller est loin de s’exprimer sur votre compte de la même façon.

Hélas ! dit Voltaire, il est possible que nous nous trompions tous les deux.