Voltaire

Voltaire en promenade

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VoltaireVoltaire se promenant avec un de ses amis, un prêtre, suivi de son escorte, portant le saint viatique, vint à passer. Le philosophe ôte son chapeau; son ami lui demande s’il était réconcilié avec Dieu:

« Nous nous saluons, répondit Voltaire, mais nous ne nous parlons pas. »

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L’impôt sur les pseudonymes

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Il  paraît  qu’on propose d’établir un impôt sur les pseudonymes. Il pourrait très bien être voté. Que n’imposera- t-on point ? Où s’arrêtera l’audace des taxateurs ? La fureur du fisc est pire que celle des flots.

Cette taxe eût coûté cher à quelques illustres écrivains, car Villon s’appelait Montcorbier, Voltaire s’appelait Arouet, Stendhal s’appelait Beyle; George Sand était née Aurore Dupin et devenue la baronne Dudevant; Mme de Staël continua de porter ce nom, qui lui avait légalement appartenu, lorsqu’elle fut Mme Della Rocca par un second mariage; et à l’état civil Anatole France se nommait Thibaut.

Ajoutons que Molière, prétendu pseudonyme de Poquelin, l’était, en réalité, de Corneille, d’après Pierre Louys, et Shakespeare, de Bacon, ou de lord Rutland, ou du sixième comte de Derby, selon divers biographes. Le Trésor prélèvera-t-il un tant pour cent sur les représentations ou les réimpressions des œuvres de ces grands auteurs ?

Pourquoi prend-on un pseudonyme ? Par euphonie (Voltaire sonne plus clair qu’Arouet); ou par raison sentimentale (le chanoine Villon éleva le jeune Montcorbier); ou par tradition (le libraire Thibaut, père d’Anatole, répondait familièrement au nom de père France); ou pour ne pas déshonorer sa famille lorsque la profession de comédien était décriée et même excommuniée; ou par hommage à l’éternel masculin, tant que le public s’est méfié de la littérature féminine; mais, à présent, ces dames empruntent de moins en moins ces masques d’homme, et c’est l’indice de toute une évolution; ou par snobisme, parce que Dupont ou Durand attirerait moins le public, croit-on, que le marquis de Carabas ou la duchesse de Maufrigneuse; ou par poésie, parce que Mimosa ou Fleur-des-Prés fait mieux qu’Euphrasie Pitanchard; ou par polygraphie, pour ne pas encombrer plusieurs rubriques ou plusieurs journaux de la même signature: c’est pourquoi Henry Fouquier a signé Nestor ou Colombine, et j’avoue qu’il m’est arrivé de signer Mosca, etc.

Tout cela paraît défendable ou véniel, et ne mérite point l’amende. Si l’on tient à écorcher un peu plus les malheureux gens de lettres, je me permets de suggérer un autre impôt, qui serait infiniment plus productif. Qu’on en mette donc un sur les fautes de français !

Paul Souday.

« Les Annales politiques et littéraires. »  Paris,1928. 

Mauvaise foi …

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Quand les fables de Lamotte parurent, beaucoup de personnes, prévenues sans raison aucune, affectèrent de les trouver détestables.

Dans un souper au Temple, chez le prince de Vendôme, le célèbre abbé de Chaulieu, l’évêque de Luçon, fils de Bussy- Rabutin, un ancien ami de Chapelle, plein d’esprit et de goût, l’abbé Courtin et plusieurs autres bons juges des ouvrages s’égayaient aux dépens du nouveau fabuliste.

Le prince de Vendôme et le chevalier de Bouillon enchérissaient sur eux tous, pour accabler le pauvre auteur. Voltaire, qui était de ce souper, gardait le silence, lorsque, l’un de ces messieurs lui demandant son avis:

Vous avez bien raison, dit-il; quelle différence du style de Lamotte à celui de la Fontaine ! Et, à ce propos, avez-vous vu la dernière édition des fables de cet auteur ?
Non.
Alors vous ne connaissez pas la charmante fable qu’on a retrouvée dans les papiers d’une ancienne amie du poète ?
Non.
Eh bien écoutez, je l’ai apprise par cœur, tant elle m’a semblé heureusement tournée.

Sur quoi, l’auteur de la Henriade se met à leur réciter la fable en question. Et tous de s’écrier:

Admirable !
Étonnant
Quelle naïveté !
Quelle grâce !
C’est la nature dans toute sa pureté !
Cependant, Messieurs, cette fable est de Lamotte, leur dit Voltaire.

Alors ils la lui firent répéter; et, d’une commune voix, ils la trouvèrent du dernier détestable.

« Curiosités historiques et littéraires. »  Eugène Muller, C.Delagrave, Paris, 1897.

Voltaire: un plagiaire ?

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Voltaire

Au temps de sa jeunesse, Voltaire lut un jour à La Motte, son ami, une tragédie de sa façon qu’il venait d’achever.Ce dernier était doué d’une mémoire prodigieuse. Après avoir écouté la pièce du jeune poète avec toute l’attention possible:

Votre tragédie est belle. J’ose vous répondre du succès. Une seule chose me fait de la peine, c’est que vous donnez dans le plagiat ; je puis vous citer, comme preuve, la seconde scène du quatrième acte.

Voltaire fit de son mieux pour se justifier d’une pareille accusation.

Je n’avance rien, expliqua La Motte,qu’en connaissance de cause et, pour vous le prouver, je vais réciter cette même scène, que je me suis fait un plaisir d’apprendre par coeur et dont il m’est pas échappé un seul vers.

En effet, il la récita tout entière sans hésiter et d’un ton aussi animé que s’il l’avait faite lui-même. Tous ceux qui avaient été
présents à la lecture se regardaient les uns les autres et ne savaient que penser. L’auteur, surtout, était déconcerté. Quand La Motte eut un peu joui de son embarras:

—  Remettez-vous, monsieur, la scène en question est de vous, sans doute, ainsi que tout le reste, mais elle m’a paru si belle et si touchante que je n’ai pu m’empêcher de la retenir.

Pierre François Gossin, le résigné

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Rien ne prédisposait à une mort violente et infamante le sieur Pierre François Gossin, honnête bourgeois lorrain né à Souilly le 20 mai 1754. Gossin est fils d’un procureur à la chambre des monnaies de Metz: lui-même lieutenant général civil et criminel de Bar-le-Duc, il est plus habitué à poursuivre des coupables qu’à subir des sentences.

Mais le tourbillon de la Révolution va en décider autrement. Elu député du tiers aux états généraux, Pierre François Gossin devient un personnage public qui prend part à des réformes importantes: rapporteur du comité chargé de diviser la France en départements, il est aussi l’auteur d’un rapport sur l’organisation des Archives nationales et l’un des orateurs à demander la création d’un jury populaire en matière criminelle. Enfin, c’est sur la proposition du député Gossin que les restes mortels de Voltaire sont portés au Panthéon.

Son mandat prend fin avec la Constituante, le 30 septembre 1791, et le citoyen Gossin rentre en Lorraine où il vient d’être élu procureur-syndic de la Meuse. Hélas, les Prussiens envahissent la contrée; Gossin conserve ses fonctions, obéissant ainsi aux ordres du duc de Brunswick, l’ennemi juré de la Révolution. Après la retraite des envahisseurs, difficile d’expliquer ce revirement tactique aux membres de la Convention… Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, l’ancien constituant est condamné à mort le 4 thermidor an II (22 juillet 1794).

Le lendemain, il est dans la cour de la prison avec ses codétenus, qui montent l’un après l’autre dans la charrette fatale. Et là, il se produit un extraordinaire coup du sort, tel qu’aucun prisonnier ne pouvait l’espérer : Gossin est oublié dans l’appel des condamnés à mort ! Il a la vie sauve et, mieux encore, personne ne fait attention à lui : quand les portes s’ouvrent devant le convoi, il sort aussi, libre comme l’air !

Gossin alors a quarante ans, le voici lâché dans une grande ville pleine de cachettes, une chance unique s’offre à lui de détaler pour sauver sa tête ! Résignation ? Sens du devoir d’un ancien magistrat ? L’évadé suit à pied la charrette jusqu’à la guillotine et monte sur l’échafaud.

« La tortue d’Eschyle et autres morts stupides de l’Histoire. » Bruno Fuligni, Les Arènes, 2012.