voyage aérien

Voyage dans l’air

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bateau_volantUn ouvrage a été récemment publié en Allemagne; son auteur affirme être en possession du secret de planer dans les airs, mais il ne veut divulguer son secret que lorsqu’il aura réuni un nombre de souscripteurs suffisants pour le dédommager de ses frais. 

Il y a longtemps qu’on s’occupe des moyens d’assimiler l’homme aux oiseaux sous le rapport de la faculté de s’élancer librement dans l’atmosphère. C’est une utopie qui  travaillera probablement encore bien des cerveaux. 

Prétendre voler est donc une chimère, mais chercher le moyen d’utiliser les aérostats est une poursuite digne d’encouragement. Après les miracles de la navigation, après ceux de la vapeur, est-il permis de nier que l’air ne puisse un jour devenir un chemin aussi rapide, aussi sûr que l’Océan ? La force d’ascension est trouvée, elle est plus que suffisante, puisque deux savants des plus distingués, MM Biot et Gay-Lussac, se sont élevés à 3,600 toises au-dessus du niveau de la mer; le secret de diriger les ballons, le moyen de les utiliser, de les gouverner, voici un sujet digne de l’attention des physiciens. 

Sous le directoire, il fut créé un corps d’aérostiers dont les services ont été négatifs, bien qu’il eût pour chef un homme de talent, Conté, qui fit un jour sauter le laboratoire de l’établissement; cette explosion le priva d’un œil. Plus tard, lorsque le premier consul était à Boulogne, prêt à s’élancer sur celle Angleterre dont il voyait les côtes à la ligne de l’horizon, mais qu’il cherchait en vain de saisir corps à corps, un avocat proposa un ballon-monstre capable d’enlever une armée entière, infanterie, cavalerie artillerie, parcs de munition, ambulances, etc. Des esprits timides firent rejeter comme trop aventureux ce moyen de franchir le fossé que la nature a mis entre deux peuples rivaux.

Depuis, la science s’est fort peu préoccupée des ballons. On n’est guère plus avancé au fond que lorsque le jésuite Lance proposait un appareil de quatre globes de cuivre à la fois très minces et très spacieux dans lesquels on aurait fait le vide, et qui, par leur excès de légèreté, auraient enlevé des corps du plus grand poids. Un provençal, nommé Gallien, cherchait, de son côté, à remplir un vaisseau d’un air spécifiquement plus léger que l’air atmosphérique; il voulait ensuite l’agrandir, le fixer, en faire une véritable ville aérienne qui eût été amarrée au sol, avec faculté de changer de place, d’être aujourd’hui ici et demain là.

Tous ces beaux projets sont restés à l’état de brochures oubliées. Qui sait s’ils ne se réaliseront pas, en partie du moins, dans l’avenir ? Qui peut prévoir comment l’on voyagera en 2845 ? Aurait-on compris, sous le règne de Louis d’Outremer, la possibilité des chemins de fer ? D’ailleurs, tout se modifie, tout change, il n’est plus permis de s’étonner de rien. 

« Le Voyageur : journal de l’Office universel de la navigation et du commerce . » Paris, 1845.

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