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Le voyageur pédestre

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john-dundis-cochraneLe capitaine John Dundas Cochrane, mort il y a peu de temps, se proposait de faire, en marchant, le tour du monde, et il est parvenu à accomplir en partie cet étrange projet.

Cet intrépide marcheur alla à pied, de Londres à Ochotsk (ville russe de la Sibérie, à 550 lieues N. E. d’Irkoutsk), en traversant la France, l’Allemagne , la Prusse, la Russie, la Tartarie et la Sibérie. Il se rendit ensuite au Kamschatka, et il en fit le tour. Ne pouvant aller plus loin, attendu qu’il ne trouvait plus où marcher, il rebroussa chemin et revint à Londres également sur ses jambes.

Il avait d’abord proposé à l’amirauté de traverser les sables de l’Afrique, pour se rendre sur la trace de Mungo-Park. Mais cette proposition n’ayant pas été accueillie, il voulut aller visiter les neiges éternelles de la Sibérie.

Il se mit en route, sans argent, sans protecteurs, sans amis, n’emportant avec lui (comme dit la chanson), qu’un cœur joyeux et une paire de culottes. Il est impossible de ne pas éprouver un sentiment d’admiration pour une volonté si ferme. Ceux de nos voyageurs  qui ont été jusque sur la croupe du Mont-Blanc, en reviennent gonflés d’orgueil, de narrations et de descriptions : leur pèlerinage aurait été pour le capitaine Cochrane une affaire de quelques jours.

Si notre âme, dégagée de son enveloppe terrestre, conserve dans un autre monde les passions qui la guidaient dans celui-ci, il est vraisemblable que le capitaine est occupé dans ce moment à parcourir quelque comète ou quelque étoile fixe aux environs de la grande ourse. 

« Le Pirate. » Paris, 1829.
Illustration : montage d’après une illustration sur Look and Learn et d’une gravure sur Wikipédia.

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La bouillotte

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Cuthbert-Hamilton-train

Au temps où l’on ne connaissait pas encore le chauffage général des trains, les wagons étaient munis de bouillottes en hiver.

Un secrétaire municipal d’une commune, ne connaissait pas encore ce nouveau genre de

chaufferette. Aussi un jour qu’il se trouvait dans le train, regardait-il avec curiosité un voyageur de commerce se chauffant les pieds sur la bouillotte du compartiment. Au bout d’un certain temps, il dit à son vis-à-vis :

Vous avez là quelque chose de bien commode, mossieu…
La bouillotte, très commode, en effet… ça ne me quitte jamais en voyage.
Ah vous appelez ça une bouiotte… Est-ce pas un peu pesant ?
Non, pas trop.

A la prochaine station, le voyageur de commerce prend sa petite valise et saute à bas du wagon.

Hé ! mossieu ! vous oubliez votre bouiotte, lui crie le paysan.
Eh bien, comme je n’en aurai plus besoin de longtemps, et qu’elle vous plaît, je vous la donne.

Arrivé à destination, notre secrétaire municipal emporte bravement la fameuse bouillotte sur son épaule aux yeux ébahis des voyageurs et des employés de la gare.

Hé ! là-bas, qu’est-ce que vous faites ? lui crient ces derniers, voulez-vous bien remettre cette bouillotte où vous l’avez prise.
C’est bon ! c’est bon ! elle est à moi, ce mossieu qui vient de descendre me l’a donnée.

Et on eut mille peines à lui faire comprendre qu’on s’était moqué de lui.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  1934.
Illustration : Cuthbert Hamilton.

Un vilain défaut

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la-condamine

On sait que le célèbre voyageur Charles Marie de la Condamine avait un irrésistible penchant à la curiosité. On en cite des traits presque incroyables.

Un jour, passant dans l’appartement de Mme de Choiseul tandis qu’elle écrivait une lettre, il ne put résister à la tentation de s’approcher derrière elle pour lire ce qu’elle écrivait.

Mme de Choiseul, qui s’en aperçut, continua d’écrire en ajoutant :

« Je vous en dirais bien davantage si M. de la Condamine n’était pas derrière moi , lisant ce que je vous écris. » 

Ah ! madame, s’écria la Condamine, rien n’est plus injuste, et je vous assure que je ne lis pas !

« Encyclopédie populaire : journal de tout le monde. » Isidore Mullois.  Paris, 1856.

 

Am, stram, gram

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nacelle

On sait que trois officiers belges qui montaient un ballon, l’Argus, perdu eu pleine mer, n’ont dû leur salut qu’à la rencontre du Warrior, vapeur anglais, qui les a recueillis et ramenés à Dunkerque.

Voici un détail émouvant que donne le Journal de Roubaix :

« Au moment où le Warrior vint en vue des voyageurs aériens, ceux-ci se disposaient à tirer au sort lequel d’entre eux devait se laisser tomber dans la mer pour sauver au moins momentanément ses compagnons, en permettant au ballon de se soutenir encore sur l’eau. »

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887. 
Image d’illustration.

Un repas de noces

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Ce repas de noces, on le trouvera peut-être un peu étrange, mais il faut dire aussi qu’il a lieu chez des anthropophages. Une antique coutume, nous raconte dans la France M. Fulbert-Dumonteil, exige qu’en mariant sa fille la mère cesse de vivre et figure, comme plat d’honneur, au festin nuptial.

Pour cette infortunée, le jour des noces est son jour de mort. Elle le sait dès son enfance, s’y attend, s’y résigne. Au milieu des danses et des chants joyeux, elle régalera de sa chair l’enfant qu’elle a nourri de son lait. Voici comment la chose se passe, d’après le voyageur Alexandre Lostougoff :

On hisse la belle-maman, avec infiniment de respect, sur la haute branche d’un arbre solitaire. Là, elle pend dans le vide, se cramponnant avec les mains au rameau fatal qu’elle lâchera bientôt pour faire son entrée à table et dans l’éternité.Le gendre donne le signal des danses et entonne la chanson du sacrifice :

♪ « Tiens-toi bien, vieille femme, tiens-toi bien ! Quand le fruit est mûr, le fruit tombe à terre. » ♫

Voyez-vous la malheureuse s’accrochant avec désespoir à cette branche maudite qui n’est point, certes, une branche de salut; promenant sur la foule un regard suppliant et désolé; se trémoussant dans le vide avec des contorsions à la fois comiques et navrantes ! Frappant sur son bouclier, le gendre répète, comme un verset funèbre, le chant de mort, et la mariée assiste, impassible, à ce spectacle épouvantable, songeant que, devenue mère à son tour, elle est destinée à subir le même sort.

Enfin, la patiente, à bout de forces, lâche la branche et s’aplatit sur le sol. Le fruit était mûr. Les chants redoublent, assourdissants, féroces, exaltés. Il ne reste plus qu’à se mettre à table. Pauvre belle-maman ! il n’est plus à craindre qu’elle vienne troubler, un jour, la paix du jeune ménage.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : Astérix & Obélix / Uderzo-Goscinny.

Sans réplique

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tramway.

En tramway. Il fait très froid : un voyageur veut fermer la porte par laquelle la bise revient sur ses oreilles. La receveuse s’y oppose sous prétexte qu’elle ne pourrait entendre le sifflet de la 2ème voiture.

Arrivé place de la République le voyageur encouragé par ce nom et s’inspirant de sesdroits immortels fait des observations au contrôleur de la puissante compagnie qui répond :

Mais Monsieur, si on fermait la porte, par où voudriez-vous sortir en cas d’incendie ? 

La Compagnie des tramways possède heureusement des employés aimables et spirituels. Mais ne pourrait-elle s’arranger pour concilier le bon fonctionnement du service, le bien-être des voyageurs qui la font vivre, et même, s’il lui plaît, l’esprit de ses fonctionnaires ?

« La Pince sans rire : chronique hebdomadaire de la vie nantaise. »  Nantes, 1920.