Waterloo

Les mots historiques

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pershing-lafayette

On l’a dit cent fois, la plupart des mots prétendus historiques ont été, sinon fabriqués, arrangés après coup. Parfois le mot authentique, trop réaliste pour être imprimé est traduit par l’historien qui le rapporte.

Ainsi le zut !  héroïque, prononcé par le général Cambronne à Waterloo, est traduit par Thiers : La garde meurt et ne se rend pas, et c’est cette phrase qu’on trouve dans tous les manuels. 

La phrase fameuse Debout, les morts ! forme lapidaire. L’officier à qui on l’attribue ne la reconnaissait pas. Interviewé à ce propos, après la guerre, il a répondu : 

J’ai dû dire, quelque chose comme ça, mais je ne me rappelle plus exactement. Au moment dont il s’agit, les mitrailleuses  craquaient, et les mots partaient comme les balles, un peu au hasard… 

L’exemple le plus frappant en ce genre est celui du général américain Pershing. Dès son arrivée à Paris, le général, suivi de son état-major, se rendit sur la tombe de Lafayette. De nombreux curieux étaient venus là afin de voir et surtout d’entendre le généralissime américain. Ils en furent pour leurs frais, car Pershing, ignorant notre langue, prononça son discours en anglais. 

Ce discours fut ensuite traduit par les journaux parisiens qui en publièrent des fragments. Disons que ce discours n’avait rien de bien remarquable : c’était l’éloquence banale d’usage en pareil cas. 

Il y avait parmi les auditeurs un journaliste, de province, qui, ignorant l’anglais, n’avait rien compris aux paroles de Pershing. Cependant, il fallait qu’au plus vite et le plus brièvement possible, il envoyât le compte rendu de la cérémonie à son journal. Alors, résumant à sa façon le discours qu’il n’avait pas entendu, il télégraphia : 

« Le général Pershing a trouvé le mot qu’il fallait : Lafayette, nous voilà ! » 

C’était le mot qu’il fallait, en effet, mais ce mot ce n’est pas le général qui l’avait trouvé. 

Limoges, 1935.
Photo : Le général Pershing et le général Pelletier sur la tombe de Lafayette, marquis de Chambrun. Cimetière de Picpus à Paris, 13 juin 1917 : photographie de presse / Agence Rol.

Un procès d’Emma Calvé

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carmen

L’impresario Schürmann demande aux juges du tribunal civil de Paris de condamner Mme Emma Calvé à lui payer un dédit de 20,000 francs et une somme de 3,000 francs pour frais divers.

Nous sommes en juillet 1904. Mme Emma Calvé vient d’être engagée par M. Schürmann pour une tournée en Allemagne et en Autriche. Elle doit se faire entendre dans Carmen et dans Cavalleria rusticana. La tournée comprenait vingt représentations, Mme Emma Calvé devant toucher 40 % sur les recettes brutes. Son dédit était de 20,000 francs. A Leipzig et à Hambourg, le succès fut éclatant, mais à Dresde un incident grave se produisit et c’est sur cet incident que s’appuie aujourd’hui M. Schürmann pour justifier sa demande.

On jouait Carmen. La salle était comble. Les deux premiers actes et le commencement du troisième avaient valu aux interprètes et plus spécialement à Mme Emma Calvé un succès triomphal. Mais soudain un flottement se produit parmi les artistes en scène. On en est au moment où Carmen veut pénétrer dans le cirque pour assister à l’entrée d’Escamillo et le voir combattre le taureau qu’il doit tuer en son honneur. Mais don José l’en empêche et la poignarde. Or, d’après le livret, Carmen doit pendant cette scène, tourner le dos au public, c’est-à-dire faire face à don José qui lui barre le chemin. Et ce soir-là, raconte Me Daniel Cogniet, l’avocat de M. Schürmann, Mme Emma Calvé avait voulu renoncer aux prescriptions du livret, c’est-à-dire qu’elle voulait, pour son dernier récitatif, faire face au public, obligeant ainsi don José à la poursuivre et à la poignarder dans le dos.

Mais il arrive que le ténor allemand qui lui donne la réplique oublie la modification voulue par la cantatrice. Il ne bronche pas et Mme Emma Calvé de lui jeter l’épithète d’imbécile, suivie bientôt, à voix plus haute, de plusieurs autres plus vives. Cependant don José, ahuri, ne bronche toujours pas et c’est alors que perdant tout sang-froid, Mme Emma Calvé aurait prononcé trois fois le mot qu’illustra Cambronne à Waterloo. Scandale, cris, protestations. Départ précipité du roi de Saxe, qui assistait à la représentation. Bref, la salle se vide en un clin-d’oeil. Le lendemain le directeur général de l’Opéra-Royal adressait à M. Schürmann le télégramme suivant :

« Vu que Mme Calvé, comme, on m’informe à l’instant et certifié par des témoins, s’est laissé entraîner d’une façon regrettable à insulter gravement un des premiers membres de l’Opéra-Royal (le ténor allemand), je ne peux plus permettre à cette dame de remettre les pieds à l’Opéra-Royal.

La seconde représentation n’aura donc pas lieu.

Comte Serbach. »

Dans ces conditions, la tournée devenait difficile, pour ne pas dire impossible. A Berlin, Mme Emma Calvé refuse de jouer dans Cavalleria rusticana et regagne Paris.

Tel est le procès qui vient d’être exposé aux juges du tribunal civil de la Seine.

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1906.

Agacement

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freres-corneille

C’est pendant que Corneille habitait Paris qu’il faut placer l’anecdote suivante, racontée par Voisenon dans ses Anecdotes littéraires.

Les deux frères Corneille travaillaient dans la même maison, dans deux pièces situées l’une au-dessus de l’autre. Quand Pierre ne trouvait pas une rime, il levait une trappe et la demandait à Thomas qui lui répondait aussitôt.

On dit même, mais l’authenticité de cette anecdote n’a pas été démontrée, qu’un jour où Pierre ne cessait de lever la fameuse trappe, il demanda à son frère une rime à perde. Thomas, agacé par ses demandes réitérées, lui répondit sèchement par le mot qui devint célèbre dans la bouche de Cambronne à Waterloo.

Le rêve du maréchal

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Gebhard-Leberecht-von-Blücher

Le maréchal Blucher, prince de Wahlstadt, général en chef des armées prussiennes pendant les campagnes de 1813, 1814 et de 1815, se retira, après la bataille de Waterloo, dans une magnifique maison de campagne qu’il affectionnait beaucoup, à Kreblowitz en Silésie ; il y menait une vie tranquille et retirée.

Malgré plusieurs lettres d’invitation de Frédéric Guillaume III, le maréchal Blucher refusait obstinément de se présenter au palais du roi. Après de longs pourparlers, et de vains efforts du souverain pour l’attirer à la cour, Frédéric Guillaume alla faire une visite à son général favori à Kreblowitz ; il le trouva bien portant mais plongé dans une profonde tristesse. Le roi le questionna, sur les causes de cette tristesse ; Blucher lui raconta ce qui suit :

Lorsque jeune encore il servait dans un régiment de hussards, en Suède, il fut fait prisonnier par les Prussiens, à la bataille de Suckow, le 29 août 1760. Ayant demandé l’autorisation d’aller visiter sa famille, elle lui fut accordée, à la condition d’accepter un emploi dans l’armée prussienne, dans le régiment de Belling. Blucher consentit, obtint la permission et partit en Silésie. Arrivé devant la maison paternelle, il appela à plusieurs reprises et, ne recevant pas de réponse, il se décida à enfoncer les portes. Il courut à la chambre de son père et le trouva, ainsi que sa mère et ses frères, profondément affligés. Tous refusèrent ses caresses avec indignation.

Blucher se jeta alors aux genoux de sa mère et voulut l’embrasser; mais à peine avait-il touché sa main que les vêtements qu’elle portait tombèrent, et Blucher ne trouva dans ses bras qu’un squelette. Il entendit alors des rires moqueurs et sa famille disparut dans l’espace.

— Sire, ajouta le maréchal, voilà juste trois mois, j’ai vu en rêve cette scène se reproduire, exactement… Mes parents et mes frères m’ont dit alors : « Nous nous rencontrerons une autre fois, le 11 août… mais nous sommes aujourd’hui au… » 

A ces mot le maréchal pâlit, se renversa sur le dos du siège sur lequel il était assis, et lorsque Frédérice Guillaume s’approcha de lui, il ne trouva qu’un cadavre.

Récit extrait de la Revue Spirite.
« L’Écho du merveilleux : revue bimensuelle. »  Paris, 1901.

 

La voiture de Napo

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voiture

A la bataille de Waterloo, la voiture de Napoléon tomba aux mains des Anglais, et, dit un journal de 1817, comme à Londres on fait argent de tout, cette voiture y fut vendue mille guinées.

L’acquéreur de cet équipage n’était autre qu’un spéculateur, qui fit une affaire excellente en cette circonstance. Il gagna, paraît-il, près de cent mille guinées, car la moitié au moins des habitants de Londres passa, moyennant monnaie, dans cette voiture, entrant par une portière, sortant par l’autre. Ceux qui voulaient s’y asseoir environ une minute payaient une couronne.