William Calcraft

La nostalgie du bourreau

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L’année qui vient de s’éteindre a emporté dans son dernier souffle une célébrité dont le Voltaire a retracé brièvement la carrière aussi longue que bien remplie.

William Calcraft est mort, mort de chagrin, dit-on. Cet homme à poigne avait la nostalgie des « affaires ». Depuis la nomination de William Marwood en 1874, l’ex-bourreau dépérissait à vue d’œil. Il ne pouvait se consoler de ce qu’il appelait sa disgrâce. Les éloges prodigués par la presse à son successeur l’exaspéraient.

« J’ai soixante-dix-neuf ans, disait-il, mais je pourrais encore pendre deux hommes contre Marwood un. »

Pour se consoler, Calcraft, qui joue du violon (un instrument à cordes !) essayait quelquefois d’exécuter des airs de Wagner. Dernièrement, il avait été invité par un ami, à venir pendre … la crémaillère. Cette mauvaise plaisanterie l’avait rendu furieux.

Calcraft avait été bourreau de 1828 à 1874. Total, 46 ans. Il n’avait donc pas volé les25 francs de pension hebdomadaire qu’on lui a alloués quand il a été suspendu.

Les jeunes années de l’ex-bourreau sont peu connues. On prétend qu’il a été condamné à mort à l’âge de vingt-sept ans, et gracié à la condition qu’il embrassât la carrière d’exécuteur. Ses appointements n’étaient pas fabuleux : une livre sterling par semaine, plus une autre livre par pendaison.  

Mais il avait « ses petits profits » : les vêtements des suppliciés d’abord  (qu’il revendait à Mme Tussaud pour son Musée des horreurs),  ensuite le commerce des cordes à pendus, qui, à raison de cinq ou six francs le centimètre, lui rapportaient dans la morte-saison (ô ironie !), d’assez jolis bénéfices.

On raconte qu’un Américain lui en loua une un jour pour dix mille francs. On trouva l’amateur pendu le lendemain, dans son hôtel, au ciel de son lit.

Une fière corde ! disait Calcraft, en venant réclamer son bien. Je la revendrai demain à un autre Américain. En voilà une qui m’aura porté bonheur !

« Le Voleur illustré : cabinet de lecture universel. »  Paris, 1880.