Windsor

Gare là-dessous !

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georges-V

Le prince de Galles, dont les chutes de cheval se multipliaient avec une régularité qui engendrait une certaine monotonie, va transporter ses exploits sur un autre théâtre. 

On nous crie en effet sur tous les tons qu’il se prépare pour le brevet d’aviateur (catégorie A) qui lui donnera le droit de piloter n’importe quel avion. Deux terrains d’atterrissage, spécialement réservés pour lui, sont en construction à Windsor et à Sandringham. 

Heu !… Deux parachutes spéciaux seraient peut-être plus utiles. 

« La Revue limousine. » Limoges, 1929.

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L’enfant de Bohème

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angelo-garino

Une fenêtre d’un grand hôtel de la  promenade des Anglais de Nice s’ouvrait  brusquement, un soir, et un homme venait s’abattre sur le trottoir.

C’était un gentleman qui portait avec distinction un des plus grands noms d’Ecosse. Il ne s’était pas tué par neurasthénie, ni de dégoût de ne pouvoir monter à cheval sans tomber, comme le prince de Galles, ni même pour avoir pris au jeu la tragique culotte. Il s’était tué par désespoir d’amour.

A Londres, il avait fait la connaissance d’un joli mannequin qui rêvait de devenir danseuse et qui était en passe de le devenir, ayant remporté un premier prix à Paris et un autre à Nice. Le jeune mylord voulait épouser le joli mannequin. Mais le joli mannequin signifia au jeune mylord qu’elle préférait la danse aux révérences à la cour de Buckingham et au traditionnel château en Ecosse. Le compatriote de Walter Scott, entendant ça, ouvrit la fenêtre et se précipita. Cette aventure tragique a causé dans la gentry anglaise une véritable consternation.

Eh quoi, ont dit les joyeuses commères de Windsor et d’ailleurs, être noble, riche, beau et se tuer pour une dancing girl, alors qu’il y a dans la société tant de jeunes filles qui sèchent sur pied.

Hélas ! bonnes gens, l’amour est toujours enfant de Bohême, même lorsqu’il porte la jaquette bordée et le monocle d’un jeune membre du Savage Club. Notre jeune Ecossais était coiffé de sa petite fille de rien du tout et il a fait poum ! de désespoir d’en être dédaigné. Lord Byron, ce Don Juan hautain et sec, n’aurait pas approuvé cette histoire d’amour terminée par une défenestration. Mais lord Byron aima-t-il vraiment ?

Ce bon jeune homme qui s’écrase, comme un vulgaire calicot amoureux, sur l’asphalte lui est, à mon avis, infiniment supérieur.

André Négis, 1929.
Peinture : Angelo Garino.

Les budgétivores

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Hillsborough

Il n’y a pas bien longtemps qu’on a supprimé le poste de médecin de l’Arc-de-Triomphe et celui de frotteur du palais de Saint-Cloud. Nous avons même encore, dit-on, un concierge de la Cour des Comptes, en ruines depuis plus de vingt ans.

Mais il paraît qu’en fait de sinécures de ce genre nous sommes dépassés par l’Angleterre. Tout dernièrement encore le marquis de Downshire touchait 6,000 francs de traitement comme gardien du fort de Hillsborough, démoli depuis plus d’un siècle, et le duc de Saint-Albans était grand maître des faucons de la cour, emploi qui lui valait 25,000 francs par an, quoique depuis deux cents ans on n’ait pas chassé au faucon dans la forêt de Windsor.

Ce n’est pas tout, et de ces emplois si peu occupants il subsiste encore plusieurs, dont celui de ratier de la reine n’est pas le moins curieux.

« Journal littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.