En passant

Curieuse révélation à propos de Jack l’Eventreur

En passant Publié le Mis à jour le

jack_the_ripperLes dix-sept meurtres commis par « Jack l’Eventreur » à Londres se placent entre 1890 et 1895. Ils provoquèrent une véritable terreur dans la population féminine du quartier populaire de Whitechapel. On ignorait jusqu’à maintenant l’identité du meurtrier et les circonstance qui mirent fin à cette série de crimes. Les révélations ci-après constituent un des cas les plus remarquables du pouvoir de la clairvoyance.

Le 10 janvier 1931 mourait à Leicester, Robert James Lees, l’écrivain spirite bien connu, et célèbre clairvoyant. Un de ses amis, se conformant aux instructions données, fit alors connaître un document secret qui lui avait été remis par M. Lees pour être publié après sa mort, relatant comment fut traqué et finalement interné Jack l’Eventreur. En date des 8 et 9 Mars, paraissait dans le Daily Express (1) un récit passionnant tiré de ce document.

Le Daily Express, au début de son article, rappelle que la Reine Victoria avait été très intéressée par les pouvoirs psychiques de M. Lees, qu’elle le reçut à plusieurs reprises au palais de Buckingham, et qu’il fut pensionné pendant longtemps sur la Cassette Royale.

A l’époque ou se produisirent les trois premiers meurtres de « l’Eventreur », dit le Daily Express, M.Lees avait atteint l’apogée de ses pouvoirs clairvoyants. Un jour, tandis qu’il écrivait dans son bureau, il eut soudain la certitude que l’Eventreur allait commettre un autre attentat.

« Il lui sembla voir deux personnes, un homme et une femme, marchant au long d’une rue sordide; les suivant par la pensée, il les vit prendre une étroite ruelle. Il regarda, et lut le nom de cette ruelle. Tout près de là, était un cabaret brillamment éclairé. Regardant à travers les vitres, il nota que l’horloge marquait minuit 40, heure de  fermeture des cafés.

« Tandis qu’il regardait (d’une façon clairvoyante), il vit l’homme et la femme gagner un coin sombre de la ruelle. La femme était à moitié ivre, l’homme ne paraissait pas avoir bu. Cet homme était vêtu d’un costume de tweed écossais de couleur sombre, et portait un léger pardessus sur le bras. Ses yeux bleu clair brillaient à la lueur du réverbère qui éclairait faiblement le coin sombre où ils s’étaient réfugiés. »

L’homme mit une main sur la bouche de la femme pour étouffer ses cris, tira un couteau de la poche intérieure de son vêtement, et lui trancha la gorge. Le sang éclaboussa le devant de sa chemise. Il fit alors, d’une manière tout à fait scientifique plusieurs incisions sur le corps, essuya tranquillement son couteau, le remit dans sa gaine, enfila son pardessus, le boutonna comme pour cacher le devant de sa chemise, puis s’éloigna paisiblement du lieu du crime.

M. Lees fut si fortement impressionné par cette vision prophétique d’un meurtre prochain qu »il se rendit sur le champ à Scotland Yard, et fit aux détectives le récit de ce qu’il avait vu. Ceux-ci pensèrent qu’il ne jouissait pas de toutes ses facultés, mais pour ne pas le contrarier, le commissaire de service prit note de l’endroit où, selon M. Lees, le crime devait être commis. Pour faire bonne mesure il inscrivit également l’heure à laquelle l’Eventreur et sa victime devaient arriver dans la ruelle : minuit 40.

« La nuit suivante, à minuit et demie, une femme entra dans le bar voisin de la ruelle en question. Elle était complètement ivre, et le patron du bar refusa de la servir. Elle quitta le bar, jurant et proférant des paroles grossières. On la vit arriver dans le passage vers minuit 40 en compagnie d’un homme vêtu d’un costume sombre et portant un léger pardessus sur le bras; le témoin pensa que l’homme était américain, car il avait un feutre souple; il était tout à fait comme il faut ».

Telle était la déposition faite le lendemain devant le juge d’instruction. Le corps de la femme avait été trouvé à la place exacte indiquée par M. Lees, « la gorge tranchée d’une oreille à l’autre, indécemment et atrocement mutilée », selon les termes du rapport du médecin légiste.

M. Lees lui-même fut bouleversé à un point qu’on ne saurait dire lorsqu’il apprit le meurtre par les journaux. Se faisant accompagner d’un domestique de confiance, il se rendit sur les lieux du crime. Nous rapportons ses propres paroles :

« J’éprouvai la même impression que si j’avais été un complice. Cela me fit un tel effet, que mes nerfs furent profondément ébranlés; je ne pouvais plus dormir, et je dus, sur les conseils du médecin, aller passer quelques temps en Europe avec ma famille ».

Pendant l’absence de M. Lees, quatre nouveaux crimes s’ajoutèrent à la liste de ceux qui avaient été commis par l’Eventreur.

Revenu à Londres, M. Lees se trouvait un jour avec sa femme dans l’omnibus venant de Shepherd’s Bush; la voiture s’arrêta en haut de Notting Hill, et un homme monta. M. Lees remarqua qu’il était de taille moyenne, portait un complet sombre de tweed écossais, un léger pardessus, et un feutre souple. Se penchant vers sa femme, il lui dit d’un ton convaincu :

— C’est Jack l’Eventreur.

Sa femme se mit à rire et se moqua de lui, mais il reprit :

— Je ne me trompe pas ! 

L’omnibus traversa Edgware Road et tourna dans Oxford Street à Marble Arch. L’homme descendit et M. Lees le suivit; il se dirigea vers Park Lane. A moitié chemin, M. Lees rencontra un gardien de la paix; montrant du doigt l’homme au léger pardessus, il dit au policier : « C’est Jack l’Eventreur », et lui demanda de l’arrêter. L’agent se mit à rire et menaça M. Lees de l’emmener au poste.

« L’Eventreur », comme s’il devinait le danger, sauta dans une voiture qui le conduisit vivement dans la direction de Piccadilly.

Quelques instants plus tard, M. Lees rencontra un brigadier et lui fit part de ses soupçons. « Montrez-moi le gardien de la paix qui refusa de l’arrêter », s’écria le brigadier. Pas plus tard que ce matin, nous avons reçu à Bond Street (2) la nouvelle que l’Eventreur devait venir dans cette direction ».

La même nuit, M. Lees eut avis d’un autre crime. La vision du meurtre n’était pas aussi distincte; le visage de la victime se détachait cependant nettement; l’une des oreilles était entièrement détachée de la tête, l’autre n’était retenue que par un simple lambeau de chair.

Dès qu’il fut sorti de son état de transe, M. Lees se précipita à Scotland Yard, où l’on se montra fort incrédule jusqu’à ce qu’il eut relaté que les oreilles étaient détachées de la tête. L’inspecteur en chef tira alors une carte postale de son bureau, et la posa devant le visiteur. Elle portait ces lignes :

« Demain soir je prendrai de nouveau ma revanche demandant ma neuvième victime à une catégorie de femmes qui me sont devenues particulièrement odieuses. 

Jack L’Eventreur.

« P.S. Pour prouver que je suis réellement Jack l’Eventreur, je couperai les oreilles de cette neuvième victime. »

L’inspecteur, qui était un homme religieux, regarda comme un avertissement du ciel cette concordance entre la carte postale et la vision de M. Lees. Il prit aussitôt les mesures les plus énergiques pour empêcher la mise à exécution de cette menace outrageante. Le lendemain, à la tombée de la nuit, 3000 policiers en civil et 1500 détectives habillés comme des mécaniciens et des dockers furent envoyés pour surveiller le quartier de Whitechapel « L’Eventreur » réussit à passer, égorgea sa victime et s’échappa. La femme assassinée avait une oreille complètement détachée de la tête, et l’autre n’était retenue que par un simple lambeau de chair.

M. Lees eut les nerfs si fortement ébranlés par ce nouveau crime qu’il dut encore se rendre en Europe pour se rétablir. Tandis qu’il était absent, « l’Eventreur » continuant la série de ses crimes, exécuta son seizième assassinat, et froidement informa Scotland Yard qu’à son vingtième meurtre il s’arrêterait.

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Le Daily Express eut le privilège de révéler que « Jack l’Eventreur » était un Docteur Jekyll et Mr. Hyde, médecin estimé dans la journée, créature démoniaque la nuit venue

Voici maintenant la partie la plus dramatique du récit. M. Lees revint peu de temps après à Londres. Il dînait un soir avec deux Américains de ses amis au Criterion; se tournant tout à coup de leur côté, il s’écria :

— Grand Dieu, « Jack l’Eventreur » a commis un autre crime ! 

L’un deux, M. Roland B. Shaw, regarda sa montre, elle marquait 7 heures 49. A 8 heures 10, un agent découvrait le corps d’une femme à Crown Court, dans Whitechapel; la gorge était tranchée d’une oreille à l’autre et le corps présentait toutes les caractéristiques de la manière de « l’Eventreur ».

M. Lees et ses compagnons se rendirent immédiatement à Scotland Yard, et tandis que M. Lees faisait le récit de ce qui s’était passé, une dépêche arriva, donnant les premières informations sur le crime. L’inspecteur, deux brigadiers en civil, M. Lees et les deux Américains se firent conduire en toute hâte à Crown Court; en arrivant, M. Lees s’écria tout à coup :

— Regardez à l’angle du mur, il y a quelque chose d’écrit ! 

L’inspecteur frotta une allumette, et quand elle s’enflamma, ils lurent ces mots, écrits à la craie sur le mur : « Dix-septième, Jack l’Eventreur » !

Le diabolique meurtrier, une fois encore, avait disparu sans laisser de trace.

La meilleure police du monde se voyait jouer depuis plusieurs années; c’est en vain qu’on avait fait appel aux plus habiles détectives de France, de Hollande, d’Espagne, d’Italie et d’Amérique, promis une prime de 3.750.000 francs et une pension de 187.000 francs par an, à quiconque ferait arrêter l’Eventreur.

L’inspecteur crut voir en M. Lees l’instrument de la Providence, et fit appel à ses merveilleux pouvoirs pour découvrir la retraite du meurtrier. M. Lees y consentit, et s’étant livré aux influences médiumnistiques parcourut à toute allure les rues de Londres suivi à quelques pas en arrière par l’inspecteur et les policiers.

Enfin, vers quatre heures du matin, la figure pâle et les yeux injectés de sang, le limier humain s’arrêta devant les grilles d’un hôtel particulier du West End; haletant, les lèvres tuméfiées et gercées, il désigna du doigt une fenêtre au premier étage faiblement éclairée.

Le meurtrier est là, l’homme que vous cherchez.

C’est impossible, répliqua l’inspecteur. C’est la maison d’un des plus célèbres médecins de Londres.

Il ajouta cependant :

— Si vous me donnez la description du hall de la maison, je l’arrêterai, au risque de perdre la situation que j’ai acquise par vingt ans de fidèles services.

M. Lees dit :

— Il y a une haute chaise de chêne sombre, à droite de l’entrée, une fenêtre ornée de vitraux au fond, et un énorme dogue dort en ce moment au pied de l’escalier.

Ils attendirent jusqu’à sept heures pour entrer dans la maison. La femme de chambre qui les reçut leur dit que le docteur était encore couché. Ils demandèrent à voir sa femme, et pendant qu’on allait la prévenir, ils remarquèrent que le hall était exactement comme l’avait décrit M. Lees, sauf qu’il n’y avait pas de chien. La femme de chambre, en revenant, leur dit que le chien couchait habituellement au bas de l’escalier, mais que chaque matin elle l’envoyait dans le jardin.

La femme du docteur reconnut, au cours d’une demie heure d’un interrogatoire serré, qu’elle soupçonnait son mari de ne pas toujours être sain d’esprit; à plusieurs reprises il l’avait menacée, ainsi que ses enfants, et elle avait du s’enfermer avec eux. Elle avait remarqué avec terreur que son mari était absent chaque fois qu’un crime avait été commis à Whitechapel.

En une heure, l’inspecteur s’était assuré le concours de deux des plus fameux experts des maladies mentales. Devant l’accusation, le docteur avoua qu’il avait eu l’esprit dérangé pendant quelques années, et qu’il y avait des heures de sa vie qui échappaient complètement à son souvenir. Quand on lui apprit qu’il avait sans doute, au cours de ces heures, commis les crimes de Whitechapel, il fut terrifié et désespéré. Il dit aux médecins, qu’à une ou deux reprises, il s’était retrouvé assis dans sa chambre, comme s’il s’éveillait soudain d’une longue inconscience, et qu’il avait un jour remarqué que le devant de sa chemise était taché de sang, ce qu’il avait attribué à un saignement de nez. Une autre fois, sa figure était toute égratignée.

On perquisitionna avec soin dans sa demeure, et l’on découvrit de nombreuses preuves de la culpabilité du docteur; le costume de tweed d’Ecosse, le feutre souple et le léger pardessus décrits par le clairvoyant furent retrouvés.

Quand il lui fut impossible de douter de ses crimes, le docteur supplia qu’on le tua tout de suite, car « il ne pouvait pas vivre en compagnie d’un meurtrier ».

Le docteur fut aussitôt transféré à l’asile privé d’Islington; il devint le fou le plus dangereux de tout l’établissement.

Une commission spéciale de médecins aliénistes fit une étude approfondie, et conclut que suivant son état d’esprit, le docteur était un savant distingué, ou un monstre inhumain et sans pitié.

Pour sauver les apparences, on simula sa mort; un cercueil vide, qui est supposé renfermer la dépouille mortelle d’un grand médecin de Londres, mort prématurément, et regretté par tous, repose maintenant dans le caveau de famille d’un cimetière londonien.

Les gardiens de l’asile d’Islington ignoraient que ce fou furieux, qui se ruait d’un mur à l’autre de sa cellule matelassée, et rendait si terrifiante la longue nuit de garde par ses sinistres hurlements, était le fameux « Jack l’Eventreur ». Gardiens et inspecteurs ne le connaissait que comme le « Numéro 124 ».

Le Daily Express eut le privilège de révéler que « Jack l’Eventreur » était un Docteur Jekyll et Mr. Hyde, médecin estimé dans la journée, créature démoniaque la nuit venue. Il n’aurait jamais été découvert, telle était son habileté diabolique, et la police n’en serait jamais venue à bout si Robert James Lees n’était intervenu avec ses extraordinaires pouvoirs clairvoyants. Pour les Spirites, c’est un des aspects les plus intéressants de ce terrible mystère qui resta jusqu’à maintenant une énigme insoluble. Les sceptiques ne peuvent plus répéter que les dons psychiques n’ont aucune utilité, puisqu’en la circonstance, ils purent seuls mettre un terme à l’incessante menace de crimes qui pesa pendant plusieurs années sur les quartiers populaires de Londres.

(1) Le Daily Express, organe du « Labour Party » en Angleterre.
(2) Dans Bond Street se trouve le Quartier Général de la Police Municipale
de Londres.

Traduit avec l’autorisation de « The International Psychic Gazette » (Londres) numéro d’Avril 1931.

« L’Astrosophie. Revue d’astrologie ésotérique et exotérique. » Carthage & Nice, 21 juin 1931.

Hantise

En passant Publié le Mis à jour le

rue ducouedicDans les campagnes, les « Maisons hantées » se font rares. C’est pour Paris et ses immeubles que les Revenants montrent aujourd’hui une prédilection frappante.

Il me souvient de certaine maisonnette des bords de l’Aisne qu’on disait hantée, et où un ami et moi, nous eûmes la curiosité de passer la nuit sans recevoir, à notre grand regret, la visite du fantôme. Peut-être, cette nuit-là, ne lui plaisait-il pas d’apparaître, ou, peut-être encore, le bon état de notre santé, nos cervelles sans inquiétude, nos tempéraments équilibrés n’étaient-ils pas favorables à la communication d’un mort avec des vivants. Quoi qu’il en fût, nous nous gardâmes de nier la hantise possible de cette maison, et nous nous moquâmes d’autant moins de la crédulité des paysans que nous avions plus souvent constaté qu’au fin fond d’une croyance populaire se cache presque toujours un brin de vérité.

La moquerie devant ces choses n’est plus d’ailleurs à la mode. C’était, il n’y a pas longtemps, le seul argument des hommes forts. Ne pouvant expliquer un phénomène, on le niait. Hier, nos savants niaient le Magnétisme animal qu’ils révèrent aujourd’hui sous le nom d’Hypnotisme; il niaient le forme globulaire de la foudre; ils niaient la chute des aérolithes : des pierres qui tombaient du ciel ! On ne pouvait rien dire de plus sot ! Faut-il rappeler qu’en pleine Académie un membre a nié le Phonographe qu’il entendait, cherchant dans les coins le ventriloque qu’il supposait mystifier la docte compagnie ?

L’an dernier, au mois de mai, le n° 123 du boulevard Voltaire devint subitement une « maison hantée. » Là, presque tous les soirs, vers 11 heures,  des coups frappés avec violence faisaient trembler les murailles, osciller les planchers, vibrer les portes. Des savants — de vrais savants, ceux-là — contrôlèrent les phénomènes et n’en découvrirent pas la cause. La police ne fut pas plus heureuse, mais elle masqua par des explications banales l’insuccès de ses recherches, comme elle avait déjà fait pour les autres « maisons hantées » de la rue du Hanovre, de la rue de Boulogne et de la rue de Bretagne.

Cette année, c’est rue Ducouédic, au n° 38, que se trouve la « maison hantée » qui vient d’exciter la curiosité parisienne, et où nous allons voir des phénomènes d’un autre genre.

Comme chez tous les peuples et dans tous les âges, on a connu des « Maisons hantées ». Il semble que l’antiquité de ces phénomènes et leur concordance prouvent qu’il ne peut pas y avoir eu constamment hallucination chez les témoins, ou mystification de la part de mauvais plaisants. Tous toqués ou tous fumistes ? C’est trop invraisemblable; il faut chercher autre chose.chambreMais, au fait, ces maisons sont-elles réellement « hantées », c’est-à-dire visitées par les Esprits ? Et d’abord, y a t-il des Esprits ? Et ensuite, ces Esprits, ces âmes de trépassés, ont-ils le pouvoir, en certaines circonstances, de se communiquer à nous de façon quelconque ?

Depuis longtemps je m’occupe de ces questions, dont le mystère est attirant. Et je déclare que, dans les nombreux phénomènes spiritiques dont j’ai été témoin, je n’ai pas une fois trouvé la preuve irréfutable d’une opération extra-humaine. Cette déclaration prendra quelque valeur quand j’aurai avoué mon juvénile emballement de la vingtième année pour la théorie d’Allan Kardec, par les livres seulement et avant d’avoir vu un seul phénomène. Mais, à mesure que je les vis, ces phénomènes, que je pus les étudier, les contrôler, ma foi disparut, et j’en arrivai à cette conclusion : 

1° Les phénomènes sont réels.
2° Ils s’exécutent sans l’intervention des Esprits.

Non, les morts ne reviennent pas, et j’en suis désolé. Car cette preuve expérimentale de la perpétuité de l’âme, qui trouble et inquiète les générations nouvelles, nous échappe encore. Deux explications seules nous restent dans les cas de « maisons hantées » : la première, c’est la supercherie, et c’est sur cette piste qu’on doit se mettre d’abord. Il faut, en effet, dans tout problème, commencer par chercher la solution la plus simple.

Est-ce par la supercherie que nous pouvons expliquer les faits étranges du boulevard Voltaire ? Non, aucune trace de mystification n’y a été découverte. Et, pourtant, pendant un mois, tous les locataires apeurés et irrités (sans compter les agents de police) se tenaient aux aguets, prêts à administrer une jolie volée au farceur qu’ils auraient surpris.

Passons à la rue Ducouédic. La masure habitée depuis dix ans par Mme Boll se trouve dans une petite cour, derrière la maison principale. Elle comprend un rez-de-chaussée et un premier étage; le rez-de-chaussée, qui est occupé par Mme Boll, contient deux petites pièces. La pièce d’entrée sert de cuisine et de salle à manger, l’autre est la chambre à coucher où Mme Boll, elle-même, me fait remarquer l’état du mur, humide et sillonné de crevasses sous une couche de peinture marron.

Que la maison soit vieille, qu’elle s’élève sur les catacombes, peu importe pour les phénomènes qui s’y sont montrés, car il ne s’agit plus de coups violents, ébranlant les murailles comme au boulevard Voltaire, mais de faits d’un autre ordre : c’est un saladier épais d’un demi-centimètre qui se casse net en deux moitiés; ce sont les verres, abritant quelques chromolithographies accrochées aux murs, qui se brisent. C’est — une voisine m’affirme l’avoir vu, de ses yeux vu, ce qui s’appelle vu, en plein jour — un verre à boire posé sur le marbre de la commode qui éclate en une poussière impalpable. C’est — un voisin m’apporte aussi son témoignage de visu — un second verre qui, de la commode, va se jeter sur le lit. Voilà des choses étranges, n’est-il pas vrai ?madame bollMme Boll et les enfants Peut-il, cette fois, y avoir eu supercherie ? Mme Boll est une brave femme, de cervelle bien nette, malgré son grand âge. Des voisins la connaissent depuis vingt ans et la déclarent incapable de toute mystification. Mais, avec elle, habitent un garçonnet et une fillette de 13 et 14 ans, le frère et la sœur, que Mme Boll a élevés et qu’elle garde encore. Tous deux ont une frimousse bien éveillée, bien maligne. Hum ! cet âge est espiègle. Et notre scepticisme a d’abord réservé ses soupçons.

Mais, d’autre part, en plus des affirmations d’apparence très sincère de Mme Boll, n’ai-je pas les déclarations, les témoignages de deux honorables commerçants du quartier ? Et de quel droit les récuserais-je ? Parce que les faits qu’ils exposent sont invraisemblables ? N’est-il pas invraisemblable qu’on ait pu peser la Lune ! Ou, parce que ces faits ne se rapportent pas à d’autres faits connus pouvant servir de base à une explication ? C’est que, précisément, ils s’y rapportent. Ce qu’on appelle un bon médium (un Home, un Slade) produit des phénomènes analogues, en les désirant, en les voulant. Il fait, sans contact, à distance, mouvoir des objets, frapper des coups violents, déplacer des meubles très lourds. W. Crookes a prouvé expérimentalement l’existence de cette force non encore définie, qu’il a dénommée la Force psychique.

Or, n’existerait-il pas des médiums tout à fait inconscients, produisant, sans le vouloir, sans le savoir, ces mêmes phénomènes ? Il en existe, et la preuve, c’est que la médiumnité se révèle presque toujours par un fait qui surprend le médium autant que les témoins. Et ce n’est que par la répétition de faits du même genre que le médium apprend sa médiumnité.

Nous voilà donc arrivés à la seconde explication, à celle que nous croyons être la meilleure : « Les phénomènes sont produits par des personnes douées, sans le savoir, de facultés médianimiques. » Et la nouvelle question est celle-ci : Chercher le médium !

Au boulevard Voltaire, nous n’avions obtenu que des indications vagues sur le médium, homme ou femme, à qui pouvaient être dus les phénomènes; mais, rue Ducouédic, notre petite enquête a fini par nous apprendre que le jeune garçon est somnambule. Nous ne prétendons pas que c’est en état de somnambulisme qu’il a cassé le saladier, brisé les vitres, transporté les verres, ce qui serait absurde; nous voulons dire qu’un somnambule est presque toujours un médium. D’après le savant docteur J. Héricourt, « l’aptitude au somnambulisme est une des conditions les plus favorables de la médiumnité ».

Ici, le médium est donc trouvé, médium inconscient, n’étant pas responsable — ne les sachant pas ne les voulant pas — des actes accomplis à l’aide de cette force encore mystérieuse qui s’extériorise, qui s’échappe de son organisme, de son système nerveux, comme l’Energie électrique se dégage d’une pile ou d’une dynamo.

En définitive, nous restons en présence d’individus rares, doués d’une faculté extraordinaire. Que la Science daigne les observer, les étudier; et elle trouvera, j’en suis convaincu, le problème des manifestations spirites et des « Maisons hantées ».

Emile Desbeaux. 1892.

Gravure : 1) La « Maison hantée » de la rue Ducouédic.
2) Intérieur de la chambre hantée.
3) Madame Boll.